Avec Le 7e Genre, la journaliste et spécialiste du cinéma Anne Delabre poursuit une programmation exigeante de films classiques plus ou moins connus pour décrypter les représentations LGBT sur grand écran. Mardi 22 octobre, au Brady, Anne a choisi de montrer Victim (1961), de Basil Dearden, avec l’intense Drik Bogarde. C’est le premier film britannique où le mot «homosexualité» est employé. Un débat avec l’auteur et réalisateur Philippe Pilard, spécialiste du cinéma britannique suivra la projection. Pour Yagg, Anne Delabre nous présente ce rendez-vous pour cinéphiles.

La programmation de 7e Genre a repris. Pouvez-vous nous dire dans quel esprit vous choisissez les films?
Avec Fabien Houi, le directeur du Brady, j’ai choisi de proposer des films qui abordent d’une manière ou d’une autre les questions de genres et de sexualités minoritaires. Il ne s’agit pas de montrer uniquement des films dits LGBT mais plutôt d’analyser comment sont traitées ces questions sur le plan cinématographique dans des films populaires ou plus confidentiels. Y compris parfois en lisant entre les lignes…

Pouvez-vous nous dire un mot des films présentés ce trimestre?
La prochaine séance, mardi 22 octobre à 20h, sera consacrée à Victim, de Basil Dearden, un mélange de thriller hitchcockien et de suspense psychologique à la Losey, avec Dirk Bogarde. Un film important car il a contribué à la dépénalisation de l’homosexualité en Angleterre (dès 1967!). Nous en reparlons avec notre invité, Philippe Pilard, spécialiste du cinéma britannique. En novembre (le 26), nous avons choisi un film plus récent et qui aborde plutôt les questions transgenres dans le registre de la comédie, Ma Vie en rose, d’Alain Berliner. La co-scénariste du film, Chris Vander Stappen nous fera l’honneur de venir de Bruxelles pour échanger avec la salle après la projection. Juste avant Noël (le 17 décembre), nous programmons un film culte, Cabaret, de Bob Fosse. Le critique de cinéma Alain Riou, qui collabore au Nouvel Observateur, à France Inter et à Canal +, grand amateur de comédies musicales, viendra nous parler de ce chef d’œuvre queer! En janvier, nous donnerons carte blanche à mon confrère et ami Didier Roth-Bettoni, auteur de  pour une séance exceptionnelle autour d’un film unique dans l’histoire du cinéma – puisque tournée entièrement en latin et pour la première fois sous-titré en français – le fameux Sebastiane, de Derek Jarman. Suivra en février un grand classique d’Hollywood, The Children’s Hour (La Rumeur), de William Wyler, qui nous donnera l’occasion d’évoquer le code Hays, en vigueur de 1934 au milieu des années 60, qui interdisait notamment toute représentation de l’homosexualité au cinéma.

Présentez-vous uniquement des vieux films?
Ne me parlez pas de vieux films, quelle expression horrible! Dit-on de la littérature classique qu’elle est constituée de vieux livres? Je préfère évoquer des films du patrimoine cinématgraphique car l’idée du 7e Genre est aussi de faire découvrir des pans parfois méconnus de l’histoire du 7e art avec des films rares, comme ce fut le cas pour la séance inaugurale de septembre avec Le Rempart des Béguines, de Guy Casaril (d’après le livre de Françoise Mallet-Joris), quasiment invisible depuis sa sortie en 1972. Le public était d’ailleurs au rendez-vous, nous avons fait salle archi-comble! Nous avons pris le parti, comme il s’agit d’un ciné-club, de proposer des œuvres ayant au moins une dizaine d’années. Les plus jeunes ne les connaissent pas toujours et celles et ceux qui les ont vues lors de leur sortie en salles auront plaisir, je l’espère, à les redécouvrir dans le cadre de nos soirées-débats avec un.e invité.e présent à chaque séance pour dialoguer avec le public après la projection.

Deux films récents ont été très commentés, La Vie d’Adèle et L’Inconnu du lac. En quoi sont-ils marquants selon vous?

Malgré toutes les polémiques, ces deux films, qui montrent la sexualité gay et lesbienne de manière très explicite, sont sortis en salles dans toute la France et ont même eu les honneurs du dernier festival de Cannes, c’est quand même assez nouveau et plutôt encourageant !

Pour connaître la programmation du ciné-club Le 7e Genre, rendez-vous sur la page Facebook et sur le site du cinéma Le Brady.