Le jour où le Conseil constitutionnel s’est prononcé contre l’objection de conscience des maires refusant de célébrer le mariage d’un couple de même sexe, l’Ifop publie un sondage dont l’un des principaux enseignements est que de plus en plus de gays, de lesbiennes et de bis se disent proches du Front national.

Selon l’Ifop, le mouvement lepéniste bénéficie chez les électeurs/trices homosexuel.le.s d’une dynamique aussi importante (+5 points entre avril 2012 et octobre 2013) que dans le reste de la population (+4 points chez les hétérosexuels durant la même période).

VOTE-FN-HOMOS-IFOPPour l’Ifop, «cette progression du FN au sein des électeurs bis et homosexuels tient sans doute à la composition même de cet électorat – plus masculin et plus jeune que la moyenne donc généralement plus disposé à voter lepéniste – mais aussi à sa concentration en milieu urbain et particulièrement en agglomération parisienne (26% des homosexuels y résident, contre 16% des hétérosexuels) où l’insécurité y est comme chacun sait plus élevée qu’en milieu rural: certains faits d’agressions de gays par des jeunes de cité ayant pu choquer une partie d’entre eux.»

Toujours selon l’Ifop, «l’hostilité du FN à l’égard de l’islamisme peut séduire des personnes pour qui cette religion peut apparaître comme une véritable menace contre leur mode de vie et les libertés en matière de mœurs».

LA GAUCHE DANS SON ENSEMBLE PERD DU TERRAIN…
Autre grande tendance de cette enquête, les partis de gauche ne tirent pas profit de leur action en faveur de l’égalité des droits en matière de mariage et d’adoption. Si une plus grande proportion d’homos et de bis que d’hétéros se disent plus proches de la gauche (36% contre 30%), ce penchant est beaucoup moins marqué que ce que l’on pouvait mesurer lors des précédentes enquêtes, à l’automne 2011 (50%) ou au printemps 2012 (44%), y compris au sein des électeurs/trices exclusivement homosexuel.le.s: seuls 38% se disent proches d’une formation de gauche contre 45% en avril 2012.

… MAIS PAS LE PS NI EELV
L’Ifop note que la désaffection à l’égard de la gauche est un phénomène général qui touche toutes les catégories de la population. Cependant, la proportion de gays ou de lesbiennes se disant proches du PS (27%) ou d’EELV (6%) est, elle, strictement la même qu’en avril 2012. Pour l’Ifop, «le vote du texte a donc permis à la Gauche de gouvernement de maintenir ses positions parmi chez les homosexuels alors qu’elle était en fort recul dans l’ensemble de la population.»

L’UMP BAISSE CHEZ LES HOMOS
Enfin, toujours selon cette enquête, les formations de la droite parlementaire ne pâtissent pas de leur opposition à la loi dite du mariage pour tous. Le nombre de partisans de l’UMP baisse chez les homos (-2 points, à 14%) – comme d’ailleurs dans l’ensemble de la population (-3 points, à 17%) – au profit de l’UDI (6%). Pour l’Ifop, les prises de positions de certain.e.s de ses leaders (Rama Yade, Jean-Louis Borloo…) en faveur de l’ouverture du mariage n’y sont peut-être pas étrangères. Mais à droite, c’est bien le FN de Marine Le Pen qui est devenu le premier parti suscitant la sympathie des homos et des bis.

Méthodologie de l’enquête: Enquête réalisée du 24 mai au 11 octobre 2013 auprès d’un échantillon de 615 gays, bis et lesbiennes, extrait d’un échantillon national représentatif de 10187 personnes âgées de 18 ans et plus.

Photo  Le grand Cricri