Cleveland, aux États-Unis, lundi 7 octobre 2013. 17 heures. La Fédération internationale des Gay Games rassemble une bonne centaine de délégué.e.s et invité.e.s dans le prestigieux hôtel Marriott Renaissance. Le vote vient d’avoir lieu pour départager les trois villes finalistes à l’organisation des dixièmes Gay Games de 2018. Le maire de Cleveland, ville hôte de l’édition 2014 de la plus grande manifestation sportive du monde ouverte à tou.te.s, ouvre plus vite que prévu l’enveloppe et dévoile le lauréat: Paris. Tonnerre d’applaudissements, de joie et de bonheur dans toute la salle. Voici comment et pourquoi la capitale française a été choisie. Bienvenue dans les coulisses de Cleveland!

Les Français.es sont en nombre à Cleveland, sous un climat presque tropical, pour soutenir la candidature de Paris aux Gay Games 2018: une trentaine de personnes, certain.e.s représentant la Federation of Gay Games, et d’autres, plus nombreux/ses, issu.e.s de la candidature francilienne. Face à eux/elles, dix Anglais.es, dont le consul britannique à Chicago, et six Irlandais.es, dont deux représentants d’organismes parapublics. Mais pour cette finale, la valeur ne tient pas au nombre, et les trois villes – Limerick, Londres et Paris – ont chacune affuté leurs arguments et leurs dossiers pour réussir le grand oral. Les trois candidates à l’organisation des Gay Games proposent des jeux assez différents.

PROGRAMME SPORTIF RESTREINT À LIMERICK
Inspirée par une équipe de rêveurs mais soutenu par l’office gouvernemental du tourisme et des sports, Limerick se propose d’organiser des Jeux qui transforment profondément la petite ville irlandaise par la présence de 10000 athlètes et artistes du monde entier. C’est le programme sportif le plus restreint, mais qu’on évalue comme celui qui a le mieux compris les exigences du fameux Red Book, le cahier des charges des sports aux Gay Games.

Montée par un petit groupe très professionnel et très divers, la candidature de Londres s’appuie sur l’expérience et les infrastructures des récents Jeux olympiques de 2012. En mettant en avant les JO, les Londonien.ne.s ne risquent-ils/elles pas de faire de l’ombre à la communauté sportive LGBT? Ce n’est pas le cas de Paris, qui capitalise sur son expérience d’organisation d’événements sportifs internationaux, en particulier les dix éditions du Tournoi International de Paris ou les EuroGames de 1997. Paris bénéficie aussi de remarquables soutiens sportifs et institutionnels, mais aussi de ses liens personnels et institutionnels tissés entre fédérations française et internationale du sport LGBT depuis 15 ans.

Le processus de choix est très codifié et rigoureux. Depuis les Jeux de New York en 1994, la FGG sélectionne le groupe qui organise les Gay Games par un appel à candidature ouvert. Chaque cycle apporte son lot d’améliorations, tendant vers plus de sélectivité mais aussi plus de transparence et de rigueur dans la procédure.

Un vote électronique de l’assemblée de la FGG fin mai 2013 a réduit les cinq candidats en lice à trois, avec une élimination des groupes d’Amsterdam, ville hôte des Jeux de 1998, et d’Orlando, seul candidat américain. En parallèle, la FGG composait une équipe d’inspecteurs/trices, pour la première fois après un appel à candidature ouvert, auquel une vingtaine de personnes qualifiées ont répondu. Finalement, c’est un groupe composé d’un Canadien, deux fois inspecteur déjà, d’un journaliste américain, et de la directrice générale des Jeux de 2010 à Cologne, qui a assuré la tournée des trois villes finalistes en juillet dernier, accompagné par une photographe canadienne.

SOUTIEN POLITIQUE REMARQUÉ
Lors de la visite du groupe à Paris, la forte présence de responsables sportifs/ves et politiques avait déjà été remarquée. Ce soutien visible s’est prolongé jusqu’à Cleveland puisque Francis Parny, vice président du Conseil régional d’Ile-de-France chargé des sports, Philippe Ducloux, adjoint au Maire de Paris chargé des services publics, Valérie Fourneyron, représentante du gouvernement et ministre des Sports, et Laura Flessel, porte-drapeau de la communauté sportive française, ont fait le voyage. Leur présence a marqué les esprits des votant.e.s à Cleveland.

Ces visites dans les trois villes finalistes ont fait l’objet d’un rapport complet soumis à la sagacité des membres votant.e.s de la FGG en septembre. La candidature parisienne surclasse ses compétiteurs en termes de soutien de la population, des institutionnels, des politiques, de personnalités comme Pierre Bergé, Philippe Augier (Atout France) ou Jean-Paul Cluzel (Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais), des organisations sportives et de la communauté LGBT et sur l’impression générale du projet. La force de Londres réside dans son système de transports et ses installations sportives en partie olympiques, dont une partie importante n’a cependant pas pu être visitée, car en cours de restructuration en équipements plus modestes, avec, par exemple, la réduction importante de la jauge du centre aquatique. Limerick propose quelques équipements exceptionnels comme son golf ou le parcours du VTT, mais souffre globalement d’un manque de capacité sportive et hôtelière.

À Cleveland, les trois villes sont tirées au sort et c’est Paris qui passera la première l’épreuve du grand oral de présentation de sa candidature. À suivre…

Photo Les représentants de Paris, Londres et Limerick, les trois villes candidates aux Gay Games 2018.

Texte et photo Manuel Picaud