Samedi 12 octobre, 14 hommes ont été arrêtés dans le quartier al-Marg au Caire, et placés en détention. Selon le journal Akhbar el-Youm, la police avait appris que des homosexuels fréquentaient ce lieu décrit comme un centre de santé: «Des informations ont été reçues sur l’activité illégale du centre, et il accueillait des pervers pour pratiquer des actes immoraux dans ses chambres. L’investigation a prouvé que ces informations étaient correctes; une descente a été faite et 14 hommes ont été surpris dans des positions contraires aux préceptes religieux.» Les hommes arrêtés ont été placés en détention pour quatre jours, le temps de poursuivre l’investigation. Le procureur a par ailleurs fait savoir que les suspects seraient soumis à des examens médicaux menés par l’Autorité de médecine légale en vue de «prouver leur homosexualité».

UN LIEU DE RENCONTRES
D’après le militant américain Scott Long, le lieu en question était considéré comme un hammam et un lieu de rencontres pour hommes dans ce quartier populaire et très pauvre du nord-est du Caire. Sur le site Gayegypt, cette version est confirmée par un blogueur: «Quand j’ai eu l’occasion d’y aller, il y a quelques temps, il n’y avait aucun signe visible d’activité sexuelle, même si c’était clairement gay-friendly, et il était facile de rencontrer des gens là-bas. Les clients réguliers s’y sentent chez eux car ils trouvent peu de lieux en dehors du Caire où ils peuvent être eux-mêmes, rire et blaguer ensemble. La police connaissait probablement ce lieu depuis des années mais avait préféré la tolérance à l’oppression.» De plus, il semblerait, selon Scott Long, que le nombre d’hommes arrêtés, repris et véhiculé dans les médias égyptiens puis internationaux, ne prendrait pas en compte le personnel du centre, mais seulement sa clientèle. Il y aurait donc plus de quatorze hommes en détention. Aujourd’hui, si l’homosexualité n’est pas explicitement condamnée par la loi égyptienne, elle peut tomber sous le coup de la «débauche» et d’«actes contraires à la religion» et entraîner des peines de prison.

UN CONTEXTE PARTICULIER
Au début des années 2000, les homosexuel.le.s égyptien.ne.s ont été durement persécuté.e.s par la police des mœurs sous le régime d’Hosni Moubarak. Si les révolutions du printemps arabe en 2011 et la chute de l’ancien président, ont pu laisser espérer une baisse des violences et du harcèlement, la montée en puissance des Frères musulmans a considérablement cassé cet espoir d’amélioration pour les LGBT. Sur Gayegypt, le blogueur analyse le contexte de cette arrestation: «On peut clairement voir les motivations de ces arrestations. Le gouvernement tente encore de distraire les gens pour les détourner des vrais et sérieux problèmes du pays et préfère blâmer n’importe qui plutôt que lui-même de la situation de crise économique et politique actuelle. Il est intéressant mais aussi déprimant de voir que ce raid n’a pas eu lieu sous la présidence de Morsi, mais sous l’administration ouvertement laïque et militaire. Néanmoins les généraux sont prêts à appliquer une uniformité fasciste à la société sans aucune tolérance pour les déviants sexuels qu’ils voient comme un sabotage de la masculinité égyptienne. Le gouvernement souhaite peut-être aussi prouver qu’il n’a pas oublié ses valeurs islamiques dans l’espoir de gagner le soutien des groupes islamistes et des électeurs/trices.»

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