Les athlètes français.es qui se rendront à Sotchi et qui voudraient s’exprimer contre les lois homophobes sont pris.es entre le marteau et l’enclume: ils et elles tomberaient sous le coup des lois russes et le soutien des fédérations de sports d’hiver laisse à désirer. Au micro de France Info, le président de la Fédération française de ski Michel Vion a estimé que les Français.es devaient se concentrer sur leurs performances sportives et laisser de côté le monde qui les entoure.

«Ce sera en Russie, ce sera à Sotchi, c’est en place, avec le bien et le moins bien, et ce n’est pas aux athlètes de commenter ça. On discutera avec eux, on leur dira de bien être sur leur sujet et de ne pas se mêler de problèmes qui les dépassent largement. Surtout qu’ils auront des objectifs à remplir eux-mêmes avant de s’occuper des autres.»

«LA POLITIQUE AUX POLITICIENS»
Si le patineur Brian Joubert ou le porte-drapeau Jason Lamy-Chappuis se sont rangés derrière ce discours – «Ce sera après, quand je n’aurai rien à perdre au niveau sportif que là, je pourrai dire des choses peut-être», a confié le champion olympique de combiné nordique –, d’autres ont fait entendre leurs divergences d’opinion à la conférence de presse de présentation qui s’est tenue hier, lundi 14 octobre, dans les locaux du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Figurant parmi les favori.te.s pour être porte-drapeau, la skieuse acrobatique et championne du monde en 2007 Ophélie David (photo) a exprimé ses réticences sur la politique russe: «Il y a beaucoup de choses qui me heurtent, qui me gênent, qui me choquent, a-t-elle confié. On ne peut pas mettre au fond de sa poche son éthique, ses convictions, et encore moins quand on est Français et qu’on a été élevé dans une certaine idée de la démocratie, de la liberté.» Médaillé de bronze aux JO de Turin en 2006, Paul-Henri de Le Rue se fait même plus précis sur Europe 1:

«Je ne cautionne absolument pas que quelqu’un n’ait pas le droit d’assumer officiellement qu’il est homosexuel.»

Compte tenu de la politique conduite par les institutions sportives françaises, les athlètes ont une faible marge de manœuvre, s’est persuadée Ophélie David.

«La seule chose que je peux faire c’est donner mon maximum, emmener avec moi les gens dans des émotions, dans un partage de moments intenses, quelles que soient la religion, l’ethnie, les préférences sexuelles, les frontières. Et à mon avis, c’est le seul et unique pouvoir qu’on ait, nous, athlètes. Et la politique aux politiciens, j’ai envie de dire.»

La surveillance drastique de tous les moyens de communication par le gouvernement russe est la preuve d’une «paranoïa» au sommet de l’État, analyse sur France Info Johann Bihr, spécialiste de la Russie et de l’Asie pour Reporters sans frontières et qui vise «toute opinion qui ne s’inscrit pas dans le nouveau politiquement correct, c’est-à-dire patriotisme, hétérosexualité et orthodoxie».

Si les Français.es affichent une certaine frilosité, des Américain.e.s et un Britannique ont pris les devants en s’exprimant publiquement contre les lois homophobes russes.

Photo YouTube