Nous sommes ravi.e.s d’accueillir Pascale Ourbih, directrice et présidente du festival Chéries-Chéris, qui a lieu du 15 au 20 octobre prochain au Forum des Images à Paris.

Pascale Ourbih: Je suis très heureuse de cette invitation de Yagg et de participer au chat avec les yaggeurs et les yaggeuses.

Lionel: Y a-t-il des films ou documentaires africains au festival?

Pascale Ourbih: Nous avions programmé un documentaire sur le témoignage d’une lesbienne ougandaise mais malheureusement le distributeur a dû le retirer à la dernière minute. Il voulait protéger la témoin principale qui avait reçu des menaces. C’était le seul documentaire en provenance d’Afrique que nous avions reçu.

Commentaire de la part de Paul: Pourquoi si peu de films trans’ cette année! Une première dans l’histoire du festival!

Pascale Ourbih: Très bonne question. À Berlin nous avons constaté le même manque de productions de fictions autour des questions trans’. Au Festival, nous avons reçu moins de films et nous avons augmenté les documentaires et les films de patrimoine sur la thématique trans’. Nous programmons Wildness, un inédit dans un festival LGBT, nous avons aussi Turning avec Anthony Hegarty d’Anthony and The Johnsons. Nous programmons aussi Rue Curiol, documentaire sur trois portraits de personnes trans’. Et je cite encore Noor ou Mr Angel plus tous les courts métrages réunis dans une séance trans ou éparpillés pendant les 5 jours.

Commentaire de la part de Gérard: Quels sont les films qui vous ont le plus marquée dans la sélection?

Pascale Ourbih: J’allais dire tous les films bien sûr. Nous sommes très fier.e.s d’avoir l’avant-première du dernier film de Bruce LaBruce, Gérontophilia. Je pense aussi à In The Name of, qui a reçu le Teddy Award à Berlin. Je suis très fière de cette sélection avec tous les films lesbiens, les séances spéciales, les cartes blanches, les hommages.

Commentaire de la part de sc0w: Vous dites que le seul documentaire originaire d’Afrique ne sera pas diffusé. Qu’en est-il des films? Quels sont les films réalisés par des personnes originaires d’Afrique ou du Maghreb cette année?

Pascale Ourbih: My Brother The Devil est une fiction inspirée d’une histoire vraie, elle a été réalisé par une jeune Égypto-Anglaise qui rend hommage à son frère décédé suite à l’homophobie, avec entre autres Saïd Taghmaoui.

Laurence: Pourquoi il y a-t-il si peu de lesbiennes (2 sur 7) dans le jury du festival, et pourquoi si peu de professionnels du cinéma (acteurs, réalisateurs)?

Pascale Ourbih: Dans le jury des longs métrages, il y a deux femmes et trois hommes. Pourquoi ce choix? Nous essayons de réunir plusieurs domaines dans le jury: les acteurs et réalisateurs, les critiques et le monde associatif lié à la question du cinéma LGBT. Signalons la présence de Gérard Lefort de Libération dans le jury pour la première fois. Dans le jury courts métrages et documentaires, il y a la réalisatrice et performeuse Andromak, une figure de la scène artistique lesbienne. Les femmes lesbiennes dans et autour du cinéma restent moins nombreuses que les gays. J’espère qu’à travers votre question, le message passera.

Dominique: Quelles sont les fêtes programmées pendant le festival pour le public? Il n’y a rien de prévu sur votre site.

Pascale Ourbih: Dans notre équipe, nous n’avions personne pour s’occuper de cela. La nuit est un vrai métier qui ne s’improvise pas donc on ne veut pas faire les choses à moitié.

nico: Bruce LaBruce sera -t-il présent avec l’équipe de son film, comme annoncé?

Pascale Ourbih: Bruce LaBruce, de son propre chef, avait annoncé sa venue, mais il avait aussi promis d’être à Montréal en même temps. Et il ne s’en est rendu compte qu’après. Il sera en duplex par Skype lors de la cérémonie d’ouverture. Il sera donc présent… à distance.

Marc: Ne pensez-vous pas que le festival de films lesbiens Cineffable est redondant avec le vôtre? Que pensez-vous du fait que Cineffable soit interdit aux hommes, alors même qu’il bénéficie de subventions publiques?

Pascale Ourbih: Ce festival n’est pas redondant, d’ailleurs il n’y a pas assez d’événements cinématographiques pour les filles à Paris. Je n’ai pas à donner mon avis sur le fait que Cineffable soit interdit aux hommes. C’est un choix qui les concerne.

nico: Pourquoi toujours pas de prix du public comme dans les autres festivals LGBT?

Pascale Ourbih: Techniquement, c’est difficile à mettre en place au Forum des images. C’est une des premières choses que j’ai essayé d’organiser avec mon équipe. Nous réfléchissons à un autre moyen, peut-être via internet.

Françoise: N’avez vous pas peur de manif anti-gay au Forum pendant le festival?

Pascale Ourbih: Je ne vis pas avec la peur. Sinon, on ne peut rien faire. Le Forum des images est un lieu culturel fréquenté par des gens ouverts. On y programme déjà durant l’année des films LGBT et il n’y a jamais eu de problème. C’est un lieu très sécurisé.

Isabelle: Considérez-vous que La Vie d’Adèle a suffisamment de place dans le circuit des salles pour ne pas l’avoir programmé ou considérez-vous ce film éloigné des problématiques LGBT?

Pascale Ourbih: C’est un film que j’ai eu le plaisir de voir à Cannes et que j’ai adoré! C’est un choc cinématographique dans tout ce qu’il a de plus passionnant, à la fois sur le plan technique et sur l’histoire de la passion entre une ado qui découvre son attirance pour une autre fille et une lesbienne confirmée. Il a tout à fait sa place au festival et ailleurs. Mais comme il sortait avant Chéries-Chéris, nous ne pouvions pas le programmer.

Bibi: Pourquoi le festival ne dure que 5 jours cette année? Quand on avait deux week-ends de cinéma, c était plus facile pour venir.

Pascale Ourbih: La principale raison est économique et j’ai expliqué pourquoi dans Têtu daté d’octobre. En résumé, nous avons tenu à garder le maximum de séances pendant six jours. Nous en proposons une dizaine de moins, car nos subventions ont baissé de 15% entre 2012 et 2013. Mais Chéries-Chéris, paradoxalement, attire de plus en plus de monde et est mieux reconnu par les professionnel.le.s.

Jean-Fi: Je n’ai vu à une semaine du festival aucune affiche dans Paris, à part deux au Forum, aucun flyer dans les bars, aucune pub dans les publications LGBT. Pourquoi ce choix de si peu de visibiité? Vous n’avez donc pas besoin du public pour subsister?

Pascale Ourbih: Nous avons une forte visibilité dans les médias communautaires et hors communauté. Nous avons fait plusieurs fois la demande pour de l’affichage public à Paris mais nous n’avons jamais eu de réponse. Comme chaque année, nous allons déposer dans les établissements qui acceptent les flyers et les dépliants du programme. L’affichage sauvage est interdit.

Bambi: Ma Pascale, merci d’avoir mis en place une librairie éphémère (avec les Mots à la Bouche) au Forum où je viendrai signer mon nouveau livre le 17 octobre. D’autres écrivains sont-ils prévus?

Pascale Ourbih: Ma chère Bambi. Ton message me touche beaucoup et nous sommes très fier.e.s de t’accueillir en tant qu’auteure pour la signature des trois tomes de J’ai inventé ma vie et je te remercie aussi de nous avoir réservé la primeur du tome 3. D’autres écrivaines et écrivains seront présent.e.s. Didier Lestrade viendra le 16 octobre, Carole Weisweiller sera aussi présente pour sa biographie inédite de Jean Marais, qui aurait eu 100 ans cette année. Et tant d’autres. Pour le programme complet des dédicaces, vous pouvez consulter le site de notre partenaire Les Mots à la Bouche.

Jane: Cette année, une Nuit entière sera dédiée aux serial killers. Pourquoi n’y aura t-il aucun film lesbien?

Pascale Ourbih: Pendant la Nuit des Serial Killers, il n’y en effet pas de film lesbien. C’est une carte blanche qu’on a donnée à Cyril Legann. En revanche, nous avons tenu à ce que dans la programmation, il puisse y avoir plusieurs films «serials killeuses»: Monster, Pulsions, Les Diaboliques.

Yagg: Le chat est maintenant terminé. Merci à toutes et à tous. Et désolé.e.s de ne pas avoir pu passer toutes les questions qui étaient nombreuses. Le mot de la fin à notre invitée.

Pascale Ourbih: Je vous ai réservé un scoop rien que pour vous. Notre marraine cette année, c’est Josée Dayan! Je vous embrasse toutes et tous et à très vite au Festival, dès le 15 octobre au Forum des Images.

Toutes les infos sur Chéries-Chéris sur le site du festival.

Photo Xavier Héraud