Frany de l’association Alouen et Kitty d’Abu Nawas partagent le même constat: trop longtemps, les LGBT d’Algérie se sont senti.e.s isolé.e.s. Être homo, bi ou trans’ y est encore un sujet tabou. Le TenTen, célébré chaque année le 10 octobre à 20h, permet de donner de la visibilité à des personnes qui ont longtemps cru être oubliées en allumant une bougie. «C’était au départ un geste de solidarité au sein de la communauté elle-même pour se faire reconnaître de la société», explique Frany. «C’était aussi pour montrer que l’homosexualité n’est pas un phénomène importé», complète Kitty.

«CATIMINI»
Le Code pénal algérien sanctionne l’homosexualité. Kitty dénonce l’excès de zèle d’agents des forces de l’ordre et qui s’en prennent aux hommes dès lors qu’ils sont efféminés. Plusieurs cas de viol ou de tests anaux lui ont été rapportés, assure-t-elle. Et quand un crime ou un délit est commis à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, la loi du silence l’emporte. On parle alors de prostitution, de pédophilie ou de trafic de drogue pour ne pas prononcer les mots tabous. «Tout se passe en catimini», déplore Frany. Mais sans existence au grand jour, comment revendiquer le droit d’être traité.e.s comme n’importe qui? Les deux associations comptent sur la visibilité médiatique pour exister et faire perpétuer le TenTen. L’an dernier,  El Watan, considéré comme un quotidien de référence, a dédié un article à l’événement, tout comme le site Algérie Focus. Un moyen pour les bougies de briller même dans les zones les plus reculées du pays.

INFLUENCE FRANÇAISE
Améliorer la situation des LGBT algérien.ne.s présuppose une évolution de la législation mais aussi des mentalités. Le débat sur l’ouverture du mariage en France a eu des répercussions en ce sens dans l’ancienne colonie. «Il y a eu une cassure, avance Kitty. Le tabou est toujours là, mais on peut en parler et des gens ont pris conscience qu’en Algérie aussi, il y a des homosexuel.le.s.» Elle-même a d’ailleurs participé à l’une des manifestations parisiennes en faveur du mariage pour tou.te.s. Mais depuis quelques mois, elle et d’autres déchantent. «On a été choqués quand on a découvert la circulaire de la honte*. On a milité et on se retrouve à la case départ!»

L’essentiel pour les responsables d’Alouen et d’Abu Nawas est que le mouvement des bougies se propage et que de plus en plus de personnes participent au TenTen et envoient leurs photos sur les pages Facebook des deux associations (celle d’Abu Nawas et celle d’Alouen). «Parlez de nous, ça nous aide pour avancer», plaide Kitty. Et c’est aussi une façon de sortir de la clandestinité: «Grâce aux partages sur les réseaux sociaux, on peut avoir des chiffres et réellement savoir combien ont participé, dans le monde et en Algérie», analyse Frany.

* Une circulaire du ministère de la Justice rappelle qu’en raison de conventions bilatérales, les ressortissant.e.s de certains pays ne peuvent épouser une personne de même sexe en France, mais Christiane Taubira a récemment précisé que dans le cas de l’Algérie, mais aussi de la Tunisie, du Cambodge et du Laos, il était possible de déroger à la loi personnelle.

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