[mise à jour, 15h30] Précisions sur les répercussions parmi les autres pays du Golfe

Dans une interview accordée à Al Rai, le docteur Joseph Mindkar, directeur du département de la santé publique, expliquait il y a quelques jours que le Koweït prévoyait de mettre en place de nouveaux contrôles. Ces examens serviraient à exclure les personnes «du troisième sexe» et seraient pratiqués en sus du contrôle médical déjà exigé à l’entrée du pays pour les migrant.e.s souhaitant y travailler. Si des médias occidentaux ont vu là une menace à l’encontre des personnes homosexuelles et trans’, l’activiste Scott Long, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch, estime qu’il s’agit là d’une erreur d’interprétation.

TESTS ANAUX
S’appuyant sur un rapport de 2011 au sujet des violences à l’encontre des femmes trans’ au Koweït intitulé Traquées pour leur amusement, il souligne qu’au Koweït, le terme de «troisième sexe» désigne aussi bien les personnes LGBT que toutes les personnes dont le comportement ou l’apparence ne suivent pas les normes du genre: les hommes efféminés comme les femmes à l’attitude trop «masculine» sont aussi des cibles potentielles.

Vu le peu de détails techniques sur la teneur des «contrôles médicaux» que prétend mettre en place le docteur Joseph Mindkar, l’information a eu l’air «saugrenue» pour Le Parisien. Dans un long article explicatif publié sur son blog, Scott Long a examiné les procédures utilisées jusqu’ici par le Koweït contre les personnes du «troisième sexe». Outre des observations anatomiques – les médecins s’appuyant sur le sexe apparent pour déterminer le genre –, des tests servant à vérifier s’il y a eu des rapports sexuels par l’anus pourraient également être menés, comme ce fut le cas au Liban par exemple.

PEUR DE L’ÉTRANGÈR.E
À en croire Scott Long, ces pratiques ne sont pas dictées par la culture musulmane – d’autant que ce sont les thèses homophobes du scientifique français Auguste Ambroise Tardieu (1818-1879) qui leur servent de fondement théorique – mais par l’histoire même du Koweït. Dans cet État où plus de 80% de la population active est composée de ressortissant.e.s d’autres pays, la peur rampante de subir l’influence étrangère grandit. L’invasion du pays par Sadam Hussein en 1990 a accentué ce sentiment, et la société voit les étrangèr.e.s comme de potentiel.le.s traîtres, explique Scott Long. Stigmatisé.e.s, les non-Koweïtien.ne.s venu.e.s d’Asie ou d’Afrique sont victimes de violences et de discriminations pratiquées par l’État.

Interdire l’accès du pays à celles et ceux qui ne se conformeraient pas aux normes de genre en vigueur est une autre façon de se «protéger» des forces venues de l’extérieur. Les riches Occidentaux/ales présent.e.s pour exploiter la filière pétrolière devraient toutefois être épargné.e.s si cette législation venait à être mise en place: «Les examens sont faits pour intimider les pauvres Népalais.es, Sri Lankais.es ou Pakistanais.es, pour exclure celles et ceux qui sont différent.e.s de façon récalcitrante», croit savoir Scott Long.

Le Koweït évoquera cette question lors d’une réunion sur la politique migratoire avec les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) le 11 novembre prochain à Oman. D’après le docteur Joseph Mindkar, cela empêchera les personnes du «troisième sexe» d’entrer dans tous les pays concernés – le Koweït donc, mais aussi le Bahreïn, le Qatar, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Oman. Scott Long souligne toutefois que de telles modifications requièrent des changements législatifs. Même si les parlementaires du Koweït y sont favorables, il faudra que le pouvoir législatif se prononce dans chaque État pour que la mesure s’applique partout. En outre, les États membres du CCG n’ont pas de politique migratoire commune, ce qui laisse planer le doute sur la possibilité d’une expansion des «contrôles» à l’échelle régionale.