Entouré de polémiques, La Vie d’Adèle, l’adaptation par Abdellatif Kechiche de la bande dessinée Le Bleu est une couleur chaude, est sur les écrans aujourd’hui, mercredi 9 octobre. Ces polémiques – les conditions de tournage, l’invisibilisation des lesbiennes – ont conduit le réalisateur à affirmer regretter que le film sorte et les spectateurs/trices à hésiter à se déplacer pour voir l’objet du conflit.

Les membres de la Yagg Team qui ont vu La Vie d’Adèle cet été ne le regrettent pas. Toute la montée de la relation entre les deux jeunes femmes est magnifique, l’émotion est forte. Le film perd un peu en intensité et traîne en longueur vers la fin, en revanche. Quant aux scènes de sexe, si elles sont justifiées, elles sont trop longues, pas forcément crédibles, voire désagréables à regarder. Une impression ressentie également par Julie Maroh, l’auteur du Bleu est une couleur chaude, la BD dont est «librement inspiré» La Vie d’Adèle. Voici ce qu’elle écrivait en mai dernier, après la Palme d’Or:

«Il me semble clair que c’est ce qu’il manquait sur le plateau: des lesbiennes.
Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y a-t-il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque: un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise. Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Les seuls qu’on n’entend pas rire ce sont les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes.»

En tant que spectatrice, Océanerosemarie n’a pas ressenti le film de la même façon, qu’elle qualifiait en mai de chef d’œuvre et en juin dans Têtu n°190 de «plus grand film jamais vu sur l’amour lesbien»:

«Ce qui fonctionne dans ces scènes et même avec l’étrangeté de certaines positions des filles, c’est que ça va absolument dans le sens de ce qui est merveilleux dans l’homosexualité: l’absence de modèle. Tout est à réinventer.»

La Vie d’Adèle n’est pas un film lesbien, on l’a bien senti dans la façon qu’ont le réalisateur, la production et les actrices d’en parler, et c’est confirmé par l’œuvre elle-même. Mais, si l’on fait abstraction de l’absurde volonté de gommer l’aspect lesbien d’une histoire d’amour entre deux femmes dans les critiques et les commentaires sur La Vie d’Adèle, on ne peut que se réjouir qu’un film racontant une telle histoire se voie décerner la Palme d’Or et s’adresse à un public bien plus large que celui qui voit, en général, les films dits lesbiens (même s’il y en a de formidables).

Alors, faut-il aller voir La Vie d’Adèle? Oui, bien sûr. Parce que c’est un beau film. Parce qu’il faut savoir de quoi on parle, et pourquoi on en parle. Et parce que cela vous redonnera sans doute envie de relire Le Bleu est une couleur chaude.

Adèle Exarchopoulos hier soir dans Le Grand Journal:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Le Grand Journal du 08/10/13 – La Suite avec Adèle Exarchopoulos et Eric Cantona

Et l’interview post-it de Télérama.fr:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Adèle Exarchopoulos : « Je voulais que le nu soit un déguisement »

Photo Wild Bunch