photo-christophe-martet2-1Yagg a reçu hier, lundi 30 septembre, le communiqué de presse annonçant la constitution du nouveau Conseil d’administration d’Act Up-Paris et intitulé «Nouveau CA, mêmes combats!» Passons sur le fait que l’Assemblée générale qui a élu ce nouveau bureau s’est tenue en juin dernier. Il a donc fallu trois mois à Act Up, qui nous avait habitué.e.s à des actions plus rapides, pour rédiger les quelques lignes de ce communiqué.

Mais la surprise, l’étonnement et la colère se sont alternativement mêlées lorsque nous avons lu la présentation des trois membres nommés. À côté de leur prénom figure une initiale pour leur nom de famille: Laure P, Frédéric P et Rachel G. Pincez-moi, je rêve! Act Up-Paris, qui a fait de la visibilité des malades le cœur de son combat, se trouve aujourd’hui avec des élu.e.s qui n’osent pas dire leur nom?

Souvenons-nous de la fin des années 80. Peu de séropositifs ou de malades du sida osaient parler à visage découvert. C’était le temps où Jean-Marie Le Pen prônait d’enfermer les «sidaïques» dans des centres spécialisés. C’était le temps où les assurances refusaient de traiter les dossiers des séropositifs. C’était une époque de désespoir où l’on comptait les morts sans espoir thérapeutique à l’horizon.
Sans parole publique des malades, il était quasi impossible de faire avancer les choses. Les personnes atteintes étaient au mieux reléguer au statut de victimes.

LE CORPS AGISSANT DES MALADES
Puis vint Act Up, fondé par Luc Coulavin, Didier Lestrade et Pascal Loubet. Il faut imaginer ce que le corps des malades agissant, manifestant, dénonçant, pouvait provoquer, dans les institutions, dans la rue, dans la communauté gay aussi. Un choc, une envie d’en être, une réaction de rejet, une prise de conscience. Tout et son contraire sauf l’indifférence. Et c’est en cela qu’Act Up-Paris avait gagné son premier pari: c’est en imposant la parole et l’image des malades qu’on fera avancer le combat contre le sida.

Alors pourquoi aujourd’hui renoncer à ce principe de base? Comment se fait-il que l’association, qui a gagné de nombreuses batailles grâce à cette prise de parole publique des malades, à la première personne, en tant qu’expert.es de la maladie, se détourne de ce principe de base? À Act Up, on m’explique que l’un des membres du CA ne souhaitait pas être reconnu et craignait pour sa carrière professionnelle. Oui c’est vrai, il n’est pas forcément plus facile, ou même souhaitable, en 2013, d’annoncer son statut sérologique ou son engagement contre le sida. Mais choisir de militer à Act Up-Paris, c’est d’abord affronter ce risque et surtout combattre ce qui le nourrit. C’est bien parce que les discriminations persistent et qu’au sein-même de la communauté gay, la séropositivité est de plus en plus vécue dans le secret, qu’il faut le dénoncer encore et toujours. En se montrant, pas en se cachant.

Avec ce CA anonyme, Act Up-Paris ne se met pas en position de force. Retourner dans l’anonymat, c’est admettre que le sida puisse rester un tabou, quelque chose que l’on doit cacher. Ce n’est rendre service ni aux personnes atteintes, ni à la lutte contre le sida.

Précisions utiles: J’ai été militant à Act Up de 1990 à 2005 et j’en ai été le président entre 1994 et 1996. Je suis séropositif depuis 1985.

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