Quand on l’interroge sur sa vie privée, le maire de Newark, dans le New Jersey, est assez mystérieux. Âgé de 44 ans, Cory Booker (photo) a confié au Washington Post que son absence d’attaches familiales le rend plus disponible pour sa carrière. En lice pour briguer une place au Sénat, il est extrêmement sollicité et suscite l’attention des médias. Il considère qu’il serait «injuste» de sa part d’exposer ainsi «une jeune dame» et il préfère tenir secrète cette part de sa vie. Mais pour certain.e.s, cette décision est plutôt liée à son homosexualité, qu’il dissimulerait. Cette rumeur ne le gêne pas. «Une partie de moi pense que c’est merveilleux, assure-t-il. Parce que je veux interpeller les gens sur leur homophobie. Sur Twitter, quand quelqu’un dit que je suis gay, je réponds: « En quoi est-ce important si je le suis? C’est comme ça. J’espère que vous ne votez pas pour moi parce que vous présumez que je suis hétérosexuel. »»

Pour son rival républicain, Steve Lonegan, ce type de déclarations obéit à une stratégie électorale: «Peut-être qu’il essaie de s’attirer le vote gay en étant ambigu», a-t-il déclaré sur le plateau de NewsMax. Il semble même gêné par le comportement de Cory Booker:

«C’est assez bizarre. En tant qu’homme, personnellement, j’aime être un homme. Je ne sais pas si vous avez vu ces histoires l’an dernier: on racontait qu’il aime sortir à trois heures du matin pour une manucure et une pédicure. Je n’aime pas sortir au milieu de la nuit, ou à n’importe quel moment de la journée, pour une manucure et une pédicure. On en parlait comme de son péché mignon… J’ai un péché encore plus mignon: j’aime le scotch avec un cigare. Voilà mon péché mignon, mais on n’a qu’à comparer les deux.»

L’équipe de campagne de Cory Booker a rétorqué que «les propos de M. Lonegan sont décevants, sectaires et loin de représenter ce que pense la majorité en sous-entendant qu’un homme n’est pas un homme s’il est gay».

«MA SEXUALITÉ N’EST PAS UN SUJET»
Interviewé sur MSNBC, Cory Booker est revenu en détail sur cette question. Le journaliste qui l’interrogeait a souligné à quel point le coming-out d’une personnalité homosexuelle avait un impact politique et pourquoi il serait important que le maire démocrate sorte du placard s’il s’y trouve. L’homme politique a indiqué que son orientation sexuelle est connue de la presse locale depuis plusieurs années et botté en touche en affirmant que sa «sexualité n’est pas un sujet» et qu’il s’agit d’une tactique de son rival républicain pour amener le débat sur des questions personnelles au détriment des idées et du programme. En guise de riposte, Cory Booker a toutefois utilisé la même méthode en soulignant l’homophobie contenue dans les propos de Steve Lonegan plutôt qu’en s’attaquant au programme de son rival.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Cory Booker: « My sexuality is not an issue right now »

EX-HOMOPHOBE
Mais Cory Booker ne s’est pas toujours montré aussi gay-friendly. En 1992, alors étudiant à Stanford, il avait signé une tribune parue dans le journal universitaire et intitulée «Pointer les homos du doigt» dans laquelle il disait «haïr» les homosexuel.le.s. C’est après avoir fait connaissance avec une personne homosexuelle dans un groupe de soutien pendant ses études qu’il s’est peu à peu détaché de ses opinions homophobes. Il a ensuite écrit une nouvelle tribune dans le journal de l’université pour présenter ses excuses et expliquer «le dégoût et l’hostilité latente» qu’il éprouvait alors: «Je me souviens toujours de la façon dont mes sourcils se fronçaient inconsciemment en présence d’homos et je me mettais à penser: « Je suis au milieu de pécheurs » ou « Que ces gens sont contre-nature »», a-t-il écrit.

Depuis, il a poussé le parti démocrate à s’engager pour l’ouverture du mariage et comparé la lutte pour l’égalité des droits à celle pour les droits civiques des personnes de couleur lors d’un dîner organisé par Human Rights Campaign.