[mise à jour, 24 août] Précision sur des propos de Pacôme Rupin

Alors que s’ouvre ce vendredi 23 août l’université d’été du Parti socialiste, des jeunes de gauche veulent profiter de cette occasion pour faire avancer des idées progressistes. Quarante-deux contributeurs/trices ont collaboré pour faire émerger deux cents propositions adressées au gouvernement dans un ouvrage intitulé Ayons de l’audace!. Parmi les mesures préconisées, les auteur.e.s défendent entre autres la PMA pour tous les couples de femmes, la disparition de la mention du genre sur les formulaires et papiers d’identité mais aussi une meilleure application de la parité.

RENVERSER «L’HÉTÉROPATRIARCAT»
Hadrien Ghomi, qui a dirigé la rédaction du livre, était également présent hier, jeudi 22 août à l’université d’été d’Europe Écologie Les Verts (EELV) car «l’initiative est transpartisane, assure-t-il. Nous comptons des militants issus de partis, mais aussi des associatifs, des syndicalistes et des personnes qui ne sont pas encartées.» Le projet de faire émerger ces propositions est né pendant la campagne de François Hollande pour faire avancer la majorité sur les questions qui n’auraient pas trouvé de réponse après un an de mandat. Force est de constater que sur certains sujets, l’exécutif s’est montré plutôt frileux. Concernant la PMA par exemple, Hadrien Ghomi estime que «malgré les difficultés, la majorité de gauche a été élue pour accélérer le changement sociétal. Cette réforme doit avoir lieu rapidement pour les couples de femmes.» Collaborateur parlementaire du sénateur socialiste François Patriat, il a conscience des réticences au sein même des élu.e.s de gauche: «Entre nous, on sait que c’est remis à plus tard et qu’il y a beaucoup d’hésitations.»

Les droits des trans’ sont un autre cheval de bataille pour les auteur.e.s de l’ouvrage. Faire disparaître le genre sur les papiers d’identité est «une proposition polémique, on s’y attendait», commente Hadrien Ghomi, mais il la juge légitime car «portée par les trans’ depuis longtemps». «Il s’agit de désexualiser le citoyen administrativement, avance Pacôme Rupin, un contributeur par ailleurs directeur général de Babel 31 et membre de HES. Nous voulons rendre beaucoup plus faciles les transitions et qu’on cesse de différencier les citoyens selon leur genre.» Cette idée est mise en avant dans le chapitre dédié au renversement de l’hétéropatriarcat». «Nous sommes dans une société qui a beaucoup progressé mais qui a encore des normes et des traditions hétéropatriarcales. Être progressiste à gauche, c’est vouloir que ces normes reculent et permettre une plus grande liberté pour chaque citoyen.»

«LE PS BOUGE À SA VITESSE, ASSEZ MOYENNE»
Alors que les élu.e.s PS tergiversent encore sur le non-cumul des mandats – une mesure pourtant votée par les militant.e.s du parti en 2009 – les auteur.e.s ont-ils/elles l’espoir d’être entendu.e.s? «C’est le calme plat du côté des ministres, reconnaît Hadrien Ghomi. Mais beaucoup de jeunes députés nous ont écrit pour nous soutenir et discuter. On ne s’y attendait pas. Plus on est visibles médiatiquement et plus ils essaient de ne pas rater le coche.» «Il y a une distinction entre les militants et les dirigeants, explique Pacôme Rupin. Le PS bouge à sa vitesse, assez moyenne, mais on avance quand même. Le parti n’est pas encore en mesure de mettre ces choses en place. Mais le mariage pour tous n’est au programme du parti que depuis 2006 alors que la base le voulait déjà au début des années 2000. Toute conquête sociale commence par des idées semées.»

L’instauration d’un module d’information sur l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie dans les programmes scolaires, l’ouverture du don du sang aux hommes homosexuels et le quadruplement des amendes pour les partis qui ne respectent pas la parité attendront donc peut-être encore un peu. Et ce n’est peut-être pas demain non plus que les candidat.e.s qui ne se présentent pas à un nouveau mandat local devront céder leur place à une femme – un moyen de ne plus attribuer que des circonscriptions ingagnables aux femmes, avance Hadrien Ghomi. Les auteur.e.s proposent également qu’un combat contre la transphobie à l’échelle internationale soit mené par la France. Cela appelle des avancées en interne dont les responsables politiques n’ont pas encore pris conscience. Mais Pacôme Rupin se veut résolument optimiste: «À nous d’intervenir dans les débats. Ce ne sont pas des idées révolutionnaires, elles vont juste un peu plus loin que ce que l’on fait aujourd’hui. Nous les diffusons chez nos aînés et chez les jeunes et nous rencontrons un écho très favorable avec une base militante qui pousse sur ces sujets-là.»

Ayons de l’audace! L’appel d’une jeunesse vigilante, aux éditions L’Encyclopédie du socialisme
Pour le commander en ligne, rendez-vous sur le site web de l’ouvrage.