Le bruit courait depuis quelques semaines, sans que les créatrices du magazine n’aient communiqué à ce sujet. Contactée par Yagg, c’est non sans une certaine amertume que Peggy Deweppe, l’une des fondatrices, a accepté de répondre à nos questions et de revenir sur la fin du média mixte Muse & Out – anciennement média lesbien sous le nom de la Dixième Muse.

TEMPS DE CRISE
«En 2003, à la création du magazine, les lesbiennes étaient peu ou mal représentées dans les médias généralistes et Internet en était à ses débuts, ce qui a permis au magazine de fidéliser un lectorat au fur et à mesure des numéros, se souvient Peggy Deweppe. Les annonceurs, autrement dit les bars, les librairies, les maisons d’édition, les sites de rencontre, étaient également plus nombreux. Ces deux facteurs ont d’ailleurs permis à plusieurs magazines lesbiens de coexister: Oxydo, Love Pirates, Lesbia Mag. Ces magazines étaient des bouffées d’oxygène pour les lectrices qui pouvaient ainsi se retrouver dans des revues qui leurs été dédiées.» Mais l’évolution de la presse, et le début des médias web ont aussi atteint La Dixième Muse:

«Aujourd’hui, de nouveau supports sont disponibles gratuitement et instantanément sur la toile, et la presse écrite traverse une crise difficile. En étant en plus une société d’édition indépendante et auto-financée, il devenait de plus en plus difficile de sortir le magazine.»

«NOUS AVONS TOUT TENTÉ»
Le changement dans la ligne éditoriale opéré en janvier 2013 pour ouvrir le lectorat du magazine n’aura finalement pas payé: «Devant le constat qu’un magazine uniquement lesbien ne pouvait pas survivre, la mixité a été la seule solution pour continuer à publier, affirme Peggy Deweppe. Le premier numéro de Muse & Out avec Nicola Sirkis en couverture a bien fonctionné et cela nous a incité à continuer dans cette voie. Mais dans le même temps, les coûts inhérents à l’impression, la distribution et la mise en kiosque sont devenus insupportables pour une société indépendante.»

Les créatrices du magazine vont donc chercher de l’aide ailleurs:

«Nous avons cherché des soutiens ou des repreneurs, mais tous nous ont répondu qu’un magazine papier LGBT indépendant n’était aujourd’hui plus « viable ». Nous avons tout tenté, et mis beaucoup d’argent personnel, mais rien n’y a fait, et nous avons donc dû mettre la clef sous la porte, avec une énorme tristesse de devoir renoncer à un magazine après dix ans de publication en kiosque.»

Les Editions Lydiennes ont été mises en liquidation judiciaire début juillet, signant donc l’arrêt de Muse & Out, mais aussi de Gay Must, un magazine gratuit gay lancé en avril dernier. «Aujourd’hui, nous remercions toutes les lectrices qui nous ont soutenues durant ces dix années.»

«La situation des médias lesbiens a toujours été très difficile, déplore Peggy Deweppe. Il est important qu’aujourd’hui des initiatives LGBT se regroupent afin de se pérenniser.»