Mariés et pères de famille, Valery et Sergueï ont longtemps travaillé ensemble et vécu dans le même village biélorusse, où ils sont conducteurs de tracteurs. L’homosexualité? Impossible d’en discuter, comme l’expliquer Sergueï.

«Le corps masculin m’a toujours plus plu. C’est maintenant, je me dis comme ça que peut-être, si j’étais né en ville, où il y a des gens comme ça, ça se serait manifesté plus tôt. Mais ici… avec qui pouvais-je en parler? Ma mère, même si c’était une femme avec du cœur, n’aurait pas compris. Et mon père ? C’était un campagnard grossier typique. Je suis différent. […] Bon, mais comment vous expliquer? Je n’ai jamais été particulièrement attiré par les filles. Je me souviens qu’à 13 ans, j’ai été franchement effrayé quand j’ai compris que, par exemple, en cours de gym, quand nous nous changions, ça me plaisait beaucoup d’observer les garçons. Je ne pensais pas du tout au sexe, non. Mais vous savez, quand, bon, je ne sais pas moi, les mecs, en discothèque, aiment faire des blagues vulgaires, du genre, quels nibards ou quel cul elle a, cette fille – je comprenais que ça leur plaisait, mais moi c’est comme si je ne captais pas ce qu’il y avait d’amusant là-dedans. Ça me faisait peur.»

Un soir, lors d’une fête très arrosée qui a vu le mariage d’une des filles du village, il prend toutefois son courage à deux mains et embrasse Valery dans un recoin sombre.

«S’il me frappe, je m’en vais et je me pends. Je pensais sérieusement comme ça. […] Et je l’aurais fait, parce que vous comprenez : comment est-ce que j’aurais pu vivre ici après ça? Bon, je l’ai fait sortir, derrière la maison il y a leur potager et un petit jardin, c’est là que je l’ai emmené. Il était saoul aussi et ne s’inquiétait pas particulièrement de savoir où je le conduisais. Bon, et j’ai attaqué. Il était ivre mais il ne m’a pas repoussé.»

Débute alors une relation clandestine, brusquement interrompue lorsque la femme de Sergueï les surprend. Quittés par leurs épouses parties avec leurs enfants, les deux hommes ont décidé de vivre ensemble dans le village. Un acte courageux qui n’empêche pas Valery de se montrer sexiste et follophobe. À lire sur Le Courrier de Russie.