Depuis quelques semaines, plusieurs personnalités se sont exprimées publiquement pour dénoncer soutenir ou critiquer le boycott des Jeux olympiques de Sotchi. Cette fois-ci, c’est au tour du champion d’échecs russe, Garry Kasparov, dans une tribune sur The Daily Beast. Fervent défenseur des droits humains, il se déclare contre le boycott des Jeux, mais toujours aussi opposé à Vladimir Poutine.

LA RÉALITÉ DES BOYCOTTS
Dans sa carrière, le champion d’échecs a déjà été confronté aux boycotts et est parfaitement conscient qu’ils peuvent avoir des conséquences douloureuses: «En tant que sportif professionnel, d’abord pour l’Union soviétique, puis pour la Russie, je ne peux soutenir un boycott de Sotchi des équipes olympiques. De telles manœuvres punissent injustement les athlètes, quelles que soient leurs opinions. J’ai déjà été presque victime de ces “politiques sportives” plus d’une fois quand j’étais jeune. En 1983, on m’a dit que je n’irais pas à Pasadena en Californie pour jouer le championnat du monde contre le soviétique Viktor Korchnoi. Le comité soviétique sportif avait déjà prévu de boycotter les Jeux de 1984 à Los Angeles pour se venger du boycott américain des Jeux de Moscou en 1980. On a d’abord considéré que j’avais déclaré forfait en ne me présentant pas et j’ai eu de la chance que le match soit déplacé à Londres, où j’ai gagné, et j’ai continué mon ascension jusqu’à décrocher le titre en 1985. Il est impossible de savoir ce que serait devenue ma carrière, si le forfait avait été maintenu et si j’avais dû attendre encore trois ans pour affronter Karpov.»

«Je crois profondément au pouvoir du sport de casser les barrières et de traverser les frontières, poursuit-il. Les athlètes iront à Sotchi et je leur souhaite le meilleur. Qu’ils/elles battent de nombreux records, et donnent de la joie aux fans de sports à travers le monde. Le projecteur doit être sur le sport et les athlètes, avant tout. Mais le sport fait partie de la culture, de la vie, et il y a une opportunité pour les athlètes et les visiteurs/euses et médias d’avoir un impact réel sur les droits humains en Russie.»

LA LIBERTÉ D’EXPRESSION CONTRE LA HAINE ET LA BIGOTERIE
Pour Garry Kasparov, les Jeux de Sotchi vont devenir un symbole de la lutte pour les droits humains et il incite tout.e.s ceux/celles qui en ont aujourd’hui le pouvoir à faire pression sur la Russie: «Tout le monde se souvient du salut Black Power des sprinters américains John Carlos et Tommie Smith sur le podium à Mexico en 1968. Sotchi est bon pour connaître des gestes du même genre. Alors j’espère que les visiteurs/euses agiteront des drapeaux arc-en-ciel et parleront en faveur de la liberté d’expression et contre la haine et la bigoterie. Les télévisions devraient parler de cette loi, de ce que cela signifie d’être homo dans la Russie de Poutine. Les sponsors devraient inclure des LGBT et des thèmes sur les droits humains dans leurs publicités pour les J.O.. Évidemment, la décision d’agir dépend de chacun.e, mais à l’Ouest, contrairement à la Russie, les politiques et les sponsors écoutent encore le peuple!»

«Le boycott de Sotchi doit venir des chefs d’État, des célébrités et des sponsors, des chefs d’entreprise et des fans. Ne venez pas à Sotchi vous asseoir à côté de Poutine dans son beau dôme de plaisir en prétendant qu’il n’est pas lié à l’État policier qu’il a créé. Laissons les stades vides, en particulier les tribunes VIP que Poutine espère remplir de président.e.s et de Premier.e.s ministres. (…) Donner aux dictateurs ce qu’ils veulent dans l’espoir de s’en faire des alliés est toujours voué à l’échec. Cela vous rabaisse à leur niveau et vous rend complice de leurs crimes.»

Photo David.Monniaux