Perçu comme complaisant envers la Russie, le Comité international olympique (CIO) a indiqué à Gay Star News que, pendant les Jeux olympiques de qui se tiendront en février à Sotchi, les athlètes ne seraient pas autorisé.e.s à prendre parti concernant les droits des personnes LGBT en vertu du principe de neutralité inscrit dans la Charte olympique. Interrogée à ce sujet par Yagg, l’organisation explique sa position en ces termes:

«Les sites des Jeux olympiques ne sont pas des lieux pour faire des protestations ou manifestations proactives. Cette règle est en place depuis des années et a pour objet de séparer le sport de la politique, d’honorer le contexte des Jeux olympiques et d’assurer le rassemblement dans une atmosphère de paix d’athlètes de plus de 200 pays et territoires, d’officiels et de spectateurs issus de cultures et d’horizons différents. De par leur nature, les Jeux olympiques ne sauraient servir de plateforme pour quelque manifestation que ce soit et le CIO n’acceptera aucun geste proactif qui pourrait porter atteinte à l’esprit des Jeux et compromettre leur avenir.»

La dédicace de Nick Symmonds à ses ami.e.s homos après qu’il a remporté la médaille d’argent au 800m lors des Championnats du monde d’athlétisme de Moscou aurait-elle été suivie de sanctions si elle avait été prononcée pendant les J.O.? «Le CIO traitera toujours chaque cas individuellement et réagira de manière sensée et raisonnée en fonction de ce qui a été dit ou fait», a indiqué l’organisation quelques heures avant que le sportif ne fasse cette déclaration.

UN PRÉSIDENT TROP LAXISTE?
Pour plusieurs observateurs/trices, cette attitude est un aveu de faiblesse du CIO, en partie liée à la direction actuelle assurée par le Belge Jacques Rogge. «Pour accueillir les Jeux, les gouvernements et les villes s’engagent non seulement à construire d’époustouflants nouveaux stades, mais aussi à défendre les “Principes fondamentaux de l’Olympisme” du CIO: respect de la dignité humaine, liberté de la presse et rejet “de toute forme de discrimination”. Mais sous la mandature de M. Rogge, le CIO a échoué dans la mise en œuvre de ses propres règles», écrit Minky Worden de Human Rights Watch dans le New York Times.

Dans sa tribune, elle rappelle le rôle décisif qu’a pu jouer le CIO en Corée du Sud en aidant à l’accélération de la transition démocratique, ou aux États-Unis en faisant reculer la corruption. Depuis la présidence de Jacques Rogge, l’organisation se serait montrée beaucoup plus timorée, laissant la Chine et maintenant la Russie violer les droits des citoyen.ne.s. Elle compte sur les prochaines élections internes, qui doivent intervenir en septembre, pour un changement d’orientation. Les six candidats à la succession du président seront élus par 98 personnes, dont seulement 16 femmes, souligne Minky Worden. Sur ces candidats, seuls deux ont pris la parole à ce sujet. Ching-kuo Wu a confié à l’agence Associated Press que le CIO «ne plaisante pas» avec la Russie, et que s’il était élu, il imposerait «le déplacement des Jeux vers d’autres villes». Il rejoint en cela la position de Richard Carriòn qui avait indiqué dans un communiqué qu’à l’avenir, le CIO devrait s’assurer que les pays organisateurs ne soient pas à l’origine de lois discriminantes.

Pour l’heure, l’organisation olympique assure qu’elle s’oppose «fermement» à «toute manœuvre» qui empêcherait une personne de faire du sport sur le fondement «de sa race, de son sexe ou de son orientation sexuelle. Les Jeux devraient eux aussi être ouverts à tous – spectateurs, officiels, médias et bien sûr athlètes – sans discrimination d’aucune sorte.» Lundi 12 août, le ministre de l’Intérieur russe a réitéré des avertissements à l’encontre de celles et ceux qui pourraient «promouvoir l’homosexualité devant des mineurs», appuyé par le président du Comité olympique russe qui a assuré que «si une personne ne fait pas part de ses opinions devant des enfants, aucune mesure ne peut être prise à son encontre». Constant, le CIO maintient qu’il a reçu «l’assurance du plus haut échelon du gouvernement russe que la loi n’affecterait pas ceux qui assisteront ou participeront aux Jeux».

SPONSORS
Pas convaincant pour Minky Worden qui suggère aux sponsors qui rapportent de l’argent au CIO – Coca-Cola, McDonald’s ou Visa – de faire pression sur l’organisation pour qu’elle se montre plus soucieuse des droits humains à l’avenir. Du côté de Coca-Cola, on affiche pour l’instant une attitude assez frileuse cependant. Sur Facebook, la société a répondu à un utilisateur qui l’interrogeait sur son implication dans les J.O. de Sotchi en l’invitant à contacter… le gouvernement russe: «Notre société ne s’implique pas dans les décisions de politique intérieure des pays, ce n’est pas notre rôle en tant qu’entreprise commerciale. Coca-Cola ne soutient ni les pays, ni les religions ni les mouvements politiques. Le gouvernement russe est le seul interlocuteur approprié à ce sujet.»

Photo Arnaud Gaillard