Wes Hurley n’a pas toujours vécu à Seattle. Réalisateur, il est né en Russie quand le pays était encore l’URSS. Si la fin de l’ère communiste a amené quelques changements, les mentalités sont restées empreintes de xénophobie et d’homophobie.

«Quand la professeure a abordé le thème des camps nazis, les élèves ont commencé à l’interrompre avec des phrases du type “Hitler aurait du finir le boulot!”. Avant que je réalise ce qui se passait, la classe entière scandait “à mort les youpins!” et frappait des poings sur les bureaux. Je les fixais, terrifié. Survêtements Adidas, blousons de cuir et croix en or avaient remplacé l’uniforme communiste, mais les autres enfants avaient toujours le même regard vitreux, la même colère frénétique et le même élan qu’une foule vengeresse, intolérante et monolithique. La professeur était restée sans voix et, somme toute, amusée. En fait, elle souriait, un sourire innocent et faussement pudique, comme si quelqu’un venait de lâcher un vent. Elle avait essayé de calmer leur antisémitisme en leur disant: “Vous ne devriez pas être aussi durs, seulement parce qu’ils sont intelligents et ont beaucoup d’argent”.»

L’homosexualité était un sujet très sensible qu’il fallait manier avec précaution. Si les Russes s’auto-persuadaient que Freddie Mercury n’était pas homosexuel pour pouvoir continuer à le vénérer sans se sentir souillé.e.s, on n’était pas aussi magnanime avec les autres personnes LGBT.

«J’ai compris rapidement qu’être pédé était la pire chose au monde. J’entendais les enfants de mon âge ainsi que les adultes dire que les pédés étaient plus ignobles que les tueurs en série et que toute personne admettant en être un méritait de mourir d’une mort atroce. À l’école et avec les copains, le mot “pédé” était dans toutes les conversations pour rabaisser ou déshumaniser quelqu’un que nous n’aimions pas. Avec toutes ces références aux pédés, j’avais l’impression qu’ils n’existaient pas vraiment. Je n’en connaissais pas un seul.»

Pour le réalisateur ouvertement gay, la Russie a encore un long chemin à parcourir avant de s’ouvrir aux personnes LGBT car de nombreux droits humains y sont encore bafoués, notamment les droits des femmes, un corollaire nécessaire à l’avancée des droits des LGBT. Selon lui, le boycott des produits russes est une façon efficace de lutter contre les orientations du régime car les entreprises sont directement liées au gouvernement et il plaide pour que les J.O. de Sotchi aient lieu dans une autre ville.

À lire sur le Huffington Post.