Masha Gessen est une journaliste russo-américaine, ouvertement lesbienne. Dans une tribune publiée dans le Guardian, elle raconte le cheminement de la loi interdisant la «promotion des relations sexuelles non-traditionnelles», d’abord adoptée dans quelques lointaines provinces russes, puis à Saint-Pétersbourg, et enfin votée à la Douma en mars dernier. Ce texte, intitulé «As a gay parent I must flee Russia or lose my children» («En tant que parent homo, je dois fuir la Russie ou perdre mes enfants») est un récit glaçant, montrant le processus implacable mis en place par un gouvernement décidé à invisibiliser une partie de la population.

Extraits:

«La première fois que j’ai entendu parler d’une législation interdisant la “propagande homosexuelle”, j’ai trouvé ça drôle. Désuet. J’ai pensé que la dernière fois qu’on avait vraiment utilisé ces mots, je devais être enfant, et ma petite amie n’était même pas encore née. Peu importait ce qu’ils voulaient dire quand ils ont promulgué ces lois contre la propagande homosexuelle dans les petites ville du Ryazan ou du Kostroma, jamais ça ne concernerait ni la réalité, ni moi, ou ce que je vivais. C’était il y a un peu moins de deux ans.»

«En mars, le législateur de Saint-Pétersbourg qui était devenu un porte-parole de cette loi a commencé à parler de moi et de ma “famille perverse” dans ses interviews. J’ai contacté un avocat spécialiste de l’adoption pour savoir si j’avais des raisons de m’inquiéter que les services sociaux viennent s’en prendre à ma famille et essaient de me retirer mon fils aîné, que j’ai adopté en 2000. L’avocat m’a répondu d’apprendre à mon fils à courir s’il se faisait approcher par des inconnus et a terminé par: “La réponse à votre question est à l’aéroport”.»

«En juin, la loi sur la “propagande homosexuelle” est devenue une loi fédérale. La Douma a adopté une interdiction sur l’adoption par les couples de même sexe et les célibataires vivant dans des pays où le mariage est légal. La tête du comité parlementaire sur la famille s’est engagée à créer un mécanisme pour enlever les enfants des familles homoparentales.

Deux choses me sont arrivées ce mois-là: j’ai été frappée devant le parlement pour la première fois et j’ai réalisé que dans toutes mes interactions, y compris professionnelles, je ne me sentais plus perçue comme une journaliste: j’étais maintenant une personne avec un triangle rose.

Ma famille déménage à New York. Nous avons l’argent et les papiers nécessaires pour le faire facilement – contrairement à des milliers d’autres familles et de personnes LGBT en Russie.»

À lire sur The Guardian

Photo Rodrigo Fernandez