C’est sur Twitter, et donc en quelques mots (en deux messages, certes), que David Cameron, le Premier ministre britannique, a choisi de répondre à la longue et argumentée lettre ouverte de Stephen Fry.

«Merci de votre message @stephenfry. Je partage votre profonde inquiétude sur les mauvais traitements dont font l’objet les homos en Russie. Néanmoins, je crois qu’il vaut mieux combattre les préjugés en participant, plutôt que boycotter les Jeux d’hiver.»

«QUE FAIRE?»
Dans sa lettre du 7 août, Stephen Fry appelle à boycotter les Jeux olympiques qui doivent se tenir à Sotchi en février prochain, craignant, comme beaucoup, qu’ils permettent, comme ce fut le cas d’Adolf Hitler avec ceux de Berlin en 1936, à Vladimir Poutine d’imposer sans conteste sa vision de la société. David Cameron, lui, rejoignant les demandes d’une partie non négligeable de la communauté LGBT russe, préfère donc une réaction active, sur place. Mais laquelle?

Stephen Fry a à son tour répondu:

«Vous avez peut-être raison. Aurait-ce été vrai en 1936? Mais n’y a-t-il rien que nous puissions FAIRE? Poutine prend de plus en plus d’assurance.»

Les réponses aux tweets du Premier ministre posent presque toutes cette question: en pratique, comment protester lors des J.O.? Les militant.e.s, en Russie et dans le reste du monde, restent partagé.e.s sur la méthode.

Le Russian LGBT Network continue d’appeler les athlètes et autres participant.e.s aux Jeux à saisir l’occasion de montrer leur solidarité envers la population russes et leur soutien aux droits humains. Nikolai Alekseev, le président de GayRussia, après avoir lancé l’idée d’une Sotchi Pride, relance celle d’une Pride House. Interdite par la justice russe, cette Pride House, sur le modèle de celles qui ont vu le jour auxJeux de Vancouver et de Londres, pourrait être accueillie par une délégation étrangère. «Jamais les autorités russes n’interviendront si une délégation étrangère nous permet d’organiser cette initiative dans son pavillon», écrit-il dans un communiqué commun avec le Comité Idaho France (un modèle de lettre à la ministre des Sports française Valérie Fourneyron est disponible sur le blog Agir).

Les rares athlètes à s’être exprimé.e.s, comme le Néo-Zélandais Blake Skjellerup et l’Américain Johnny Weir, rejettent également l’idée d’un boycott. Le premier a affirmé et réaffirmé qu’il porterait un badge de la gay pride à Sotchi, et que si cela lui cause des problèmes, «tant pis». Le second, qui n’est pas encore qualifié pour les Jeux, n’a pas l’intention de violer ouvertement la loi russe, mais n’a pas pour autant l’intention de changer sa façon d’être, quitte à être arrêté parce qu’il a l’air «trop gay», a-t-il expliqué à CBS News.com.

«S’il faut que je me fasse arrêter pour attirer l’attention des gens sur ce qu’il se passe, et pour qu’ils se battent contre cette loi, c’est un risque que je suis prêt à prendre.»

D’autres en revanche militent encore et toujours pour un boycott des J.O., de leurs sponsors, de la vodka russe (dont la Stolichnaya, bien que celle-ci ne soit propriété russe qu’en Russie, et qu’un tel boycott inquiète les LGBT de Lettonie, où elle est fabriquée), y compris au sein de la communauté LGBT russe. Vancouver, qui a accueilli les derniers Jeux d’hiver, s’est d’ores et déjà dite prête à remplacer Sotchi au pied levé si un changement de lieu était décidé. Quant au créateur du drapeau arc-en-ciel, Gilbert Baker, il est outré à l’idée que le rainbow flag puisse être brandi à Sotchi: «S’il vous plait, n’utilisez pas le Rainbow Flag pour couvrir les atrocités russes en 2014. Le Rainbow Flag est un symbole international de la liberté des LGBT, il ne peut servir à approuver la répression.»

MANIFESTATIONS À ANVERS ET À LONDRES
Des manifestations contre la politique homophobe de Vladimir Poutine se sont tenues dans plusieurs villes ces derniers jours. Ainsi à Anvers, en parallèle des World Outgames:

Ou à Londres (photos OH):

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Sur un ton plus humoristique, le comédien britannique ouvertement gay Julian Clary a également twitté:

«Et si on m’envoyait en Russie en tant que membre de l’équipe olympique? J’apprendrai à skier.»

Ailleurs sur la Toile: Why do activists reject Russian LGBT strategy for Olympics? [76 Crimes]