Les réactions et prises de positions continuent, tandis que la pression internationale s’intensifie sur le gouvernement de Vladimir Poutine. Alors que Moscou accueille les championnats du monde d’athlétisme dès demain, samedi 10 août, de nouvelles voix se font entendre.

«PAS DÉRANGÉS PAR DES PROBLÈMES POLITIQUES»
Le président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), Lamine Diack (photo), s’est fendu hier d’une déclaration sur la loi anti-«propagande homosexuelle» russe et sur sa potentielle application lors des championnats: «Je n’ai pas l’impression qu’il y aura un problème. Je suis sûr que nous ne serons pas dérangés par des problèmes politiques. Je n’ai pas le moindre problème et je ne suis pas du tout inquiet.» Lamine Diack a insisté sur le fait que ce n’était pas le rôle de l’IAAF d’indiquer ce que les pays doivent faire ou non. «Certaines choses doivent être respectées, et d’autres ne doivent pas l’être. Cette loi existe, elle doit être respectée.» Avec circonspection, Nick Davies, le secrétaire général adjoint de l’IAAF, a déclaré mercredi qu’il serait profitable au gouvernement russe de voir les individus avec des «modes de vie alternatifs», et que cela pourrait l’inciter à reconsidérer sa politique au lieu de simplement «vivre dans une société isolée.» Néanmoins, l’IAAF reste très réticente à soulever des questions qu’elle considère comme politiques, que ce soit pendant les championnats du monde qui débutent demain, ou lors des JO de Sotchi.

LES VALEURS DE L’IAAF
Faudrait-il rappeler à Lamine Diack le texte qu’il a signé de sa main pour expliquer la mission de l’IAAF?

«Dans un monde qui change rapidement, les fédérations internationales de sports comme l’IAAF doivent êtes pro-actives quand elles essaient d’atteindre de nouveaux publics et de trouver de nouveaux hôtes pour les événements. Mais il est aussi fondamental que nous comprenions pleinement que l’athlétisme n’est plus juste une question de performances, de médailles ou de records, mais aussi qu’il s’agit de “sport pour tous” et de s’assurer que le maximum de citoyen.ne.s soient en mesure de participer aux championnats. (…) Les championnats ont lieu à l’attention du public dans ce monde varié et complexe mené par les médias et le divertissement, mais nous adhérons vraiment aux questions qui touchent à la responsabilité sociale, à l’environnement, et à toutes les questions qui aident à faire de l’athlétisme une force qui rend le monde meilleur.»

Le président de l’IAAF est déjà bien conscient de l’importance su sport au-delà de la compétition, mais ces préceptes ne pourraient-ils pas s’appliquer aussi à la défense des droits des personnes LGBT?

«NOUS N’AVONS PAS À PARLER D’AUTRE CHOSE»
Côté russe, le ministre des Sports Vitaly Mutko a lancé un appel au calme en direction des athlètes et des organisations sportives. Assurant que les droits des sportifs/ives étranger.e.s seront préservés à Sotchi, il a ajouté que les droits humains n’avaient pas à s’inviter dans ce grand rendez-vous international: «Il s’agit d’une rencontre sportive, et nous n’avons pas à parler d’autre chose». Précédemment, le ministre avait déjà insisté sur le fait que «personne n’interdit à un athlète qui a une orientation sexuelle non-traditionnelle de venir à Sotchi, mais s’il sort dans la rue et commence à faire de la propagande, alors bien sûr, il devra rendre des comptes».

LES INCERTITUDES DU CIO
Ce matin, le président du CIO Jacques Rogge a annoncé que le comité ne pouvait pas encore se prononcer: «Lorsque la loi a été promulguée, nous avons reçu toutes les assurances concernant Sotchi. Nous avons ensuite demandé une confirmation écrite de ces assurances. Nous avons étudié la chose ce matin mais nous avons encore des incertitudes, nous avons encore besoin d’éclaircissements concernant deux paragraphes dont nous devons nous assurer de la bonne traduction, avant de pouvoir émettre un commentaire général. Une fois que nous aurons compris la loi nous pourrons rappeler que nous nous conformerons à la charte olympique, qui stipule que chaque athlète a le droit de concourir, quelles que soient sa race, sa religion ou son orientation sexuelle. Les Jeux doivent être ouvert à tous sans discrimination.» Questionné sur la possibilité qu’un.e athlète à manifester contre cette loi lors des Jeux, le président a déclaré qu’«il faudrait voir au cas par cas».

404 CHILDREN
Après la pétition d’All Out, ainsi que la lettre ouverte de l’acteur britannique Stephen Fry à David Cameron et au CIO, d’autres initiatives continuent de se mettre en place pour protester contre le gouvernement russe et sa politique homophobe. L’une d’elles s’appelle «404 Children» et a été lancée par Lena Klimova, qui vit à Saint-Pétersbourg: «Les adolescent.e.s homosexuel.le.s sont les victimes les plus vulnérables de l’homophobie invisible. L’intolérance et l’ignorance paralysent la vie de nos enfants. Sur Internet, on rencontre souvent le message d’erreur “404 – Page introuvable”. De la même manière que notre société pense que les adolescent.e.s homosexuel.le.s n’existent pas dans la nature, comme si la communauté gay, lesbienne, bisexuelle et transgenre arrivait de Mars déjà adultes. Et pourtant, dans une famille russe sur 20, un enfant LGBT grandit. Ces Enfants 404 sont invisibles à la société. Arrêtez-vous! Écoutez-les! Ce sont aussi vos enfants. Qui sait, peut-être que vous verrez une lettre de votre enfant?» Une page Facebook a été créée au printemps dernier rassemblant de nombreuses photos d’adolescent.e.s russes LGBT… et bien réel.le.s. Une belle manière de montrer que cette loi, loin de protéger les mineur.e.s contre une soi-disant propagande, isole et met en danger une partie de la jeunesse russe qui aurait davantage besoin de lois contre l’homophobie et la transphobie.

Photo Doha Stadium Plus Qatar