Dans une note adressée aux rédactions, la ministre des Sports Valérie Fourneyron a annoncé qu’elle se rendra ce week-end en Russie pour les championnats mondiaux d’athlétisme qui débuteront le samedi 10 août. «Elle ira soutenir les athlètes français pendant deux jours», a indiqué son entourage à Yagg. En pleine controverse sur les lois homophobes promulguées par la Russie et qui portent atteinte aux libertés fondamentales des personnes LGBT, peut-on espérer en amont une déclaration de la ministre? «Elle répondra sur place si elle est interrogée, précise-t-on. Mais il ne faut pas oublier que la France soutient la tenue des Gay Games à Paris en 2018, par exemple. Pour connaître la position de la France, il faut s’adresser au ministère des Affaires étrangères.»

Qu’à cela ne tienne. Sollicité par Yagg, le Quai d’Orsay a adopté un ton mesuré:

La France est opposée à la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Nous sommes préoccupé.e.s par l’adoption et la mise en œuvre de la loi russe que vous évoquez.

Nous appelons les autorités russes à respecter les engagements pris par la Russie tant à l’échelle internationale qu’à l’échelle européenne, notamment en adhérant à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des Libertés fondamentales.

VLADIMIR POUTINE, UN NOUVEL HITLER?
D’autres se sont montré.e.s plus prolixes. Dans une lettre ouverte publiée sur son blog (et traduite en français par le Huffington Post), le comédien britannique ouvertement gay Stephen Fry s’est adressé tout à la fois au Premier ministre David Cameron et au Comité international olympique (CIO). Il n’hésite pas à y comparer Vladimir Poutine à Adolf Hitler.

Les Jeux de 1936 à Berlin se sont déroulés sous l’égide d’un tyran qui avait promulgué deux ans plus tôt une loi qui réservait une persécution toute particulière à une minorité dont le seul crime était d’être venue au monde. Dans son cas, il a interdit aux Juifs/ves d’accéder aux fonctions officielles et académiques, il s’est assuré que la police ignore les passages à tabac, les vols et les humiliations qui leur étaient infligés, il a brûlé et interdit les livres écrits par leurs soins. Il a prétendu qu’ils/elles «polluaient» la pureté et la tradition de ce que voulait dire être allemand.e, qu’ils/elles étaient une menace pour l’État, pour les enfants et pour l’avenir du Reich. (…)

Poutine reproduit de façon sinistre ce crime fou, cette fois-ci contre les membres russes de la communauté LGBT. Passages à tabac, meurtres et humiliations sont ignorés par la police. Défendre ou discuter sainement de l’homosexualité est contraire à la loi. Dire, par exemple, que Tchaïkovski était gay et que son œuvre et sa vie reflètent sa sexualité et ont inspiré d’autres artistes gays serait sanctionné par une peine d’emprisonnement.

L’acteur exhorte David Cameron à s’engager pour les droits des personnes LGBT en Russie comme il a pu le faire au Royaume-Uni et implore le président du CIO Jacques Rogge de «résister aux pressions du pragmatisme, de l’argent, de la lâcheté doucereuse des diplomates, et de défendre l’humanité avec fermeté et fierté».

OLYMPIQUE NE RIME PAS AVEC POLITIQUE
Mais l’organisation pourrait faire tout le contraire, redoute le New York Times. En effet, la charte du CIO interdit aux athlètes toute prise de position politique. Si un.e sportif/ve se rend sur place et prend position en faveur des droits des LGBT de façon publique, l’organisation serait en droit de l’exclure des Jeux. Il n’est pas certain que le CIO ira jusque là mais s’il semble concerné par la question, il n’a pas encore condamné explicitement les prises de position de la Russie. Pour John M. Becker, du Bilerico Project (une plateforme qui regroupe les blogs de plusieurs contributeurs/trices LGBT), il reste toutefois surprenant qu’agir pour les droits des LGBT soit considéré comme un acte politique. «Depuis quand défendre les droits humains est-il “une déclaration politique”? Si le groupe persécuté était constitué de femmes, de Juifs/ves, ou d’une minorité ethnique ou raciale, protester contre leur mauvais traitement serait-il considéré comme “politique”? Ou les choses ne deviennent-elles politiques que quand elles concernent les LGBT, ce groupe minoritaire qu’il fait toujours bon haïr dans certains endroits du globe, que l’on tente d’intimider?»

Les relais nationaux du CIO ne sont pas plus téméraires. Dans une lettre adressée à diverses institutions sportives, le Comité olympique des États-Unis prend acte des inquiétudes exprimées concernant la sécurité des personnes LGBT se rendant en Russie dans le cadre des Jeux olympiques de Sotchi mais rappelle que sa mission est avant tout de parvenir aux meilleurs résultats sportifs: «Nous sommes fortement engagé.e.s en faveur de l’égalité des droits pour tou.te.s, mais notre mission est de maintenir notre excellence dans la compétition et notre objectif sera d’envoyer une équipe bien préparée avec des athlètes au meilleur de leur forme.»

Au Comité national olympique et sportif français (CNOSF), s’il n’y a pas de déclaration officielle pour le moment, il n’y a pas non plus de préoccupation particulière à ce sujet. Comme lors des précédents Jeux en Chine, l’organisation ne veut pas faire de vagues. «L’olympisme, c’est quand même 205 pays, il ne faut pas adopter un point de vue franco-français, explique-t-on. On n’est pas responsables des désignation de villes, donc on s’adapte en fonction des pays.»

Photo Ministère des Affaires étrangères et européennes/Frédéric de La Mure

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