[mise à jour, 8 août, 12h30] Réaction du magazine ELLE

Avec le magazine ELLE, les lesbiennes et les bisexuelles ne sont jamais à l’abri de drôles de surprises. Après leur avoir appris qu’une relation avec une femme était gain de «crédibilité swag», le magazine propose à ses lectrices/eurs un test de la rubrique Psycho & Sexo qui a de quoi laisser pantois.es.

UN LECTORAT DE «FEMMES QUI AIMENT LES HOMMES»?
Intitulé «Êtes-vous vraiment hétérosexuelle?», le test «s’adresse aux femmes qui aiment les hommes qui le leur rendent bien. Comme vous». Un «vous» destiné au lectorat du magazine? Le test commence, les questions s’enchaînent (votre activité sportive, la situation dans laquelle vous avez déjà embrassé ou auriez pu embrasser une fille, l’évocation culturelle du sexe féminin qui vous a le plus marquée)… et font parfois tiquer.

BIPHOBIE ET HÉTÉROCENTRISME
Deux questions retiennent particulièrement l’attention. Celle sur la bisexualité remporte tous les honneurs: «Pour vous, la bisexualité c’est… Une rencontre? Un luxe de people? Une homosexualité refoulée? Une passade?» Il est certains que les bi.e.s apprécieront l’absence d’une cinquième option qui ressemblerait à quelque chose comme «Une orientation sexuelle comme les autres». Autre question profondément empreinte d’un hétérocentrisme normatif évident: «Si vous quittiez un homme pour une femme, qu’est-ce qui vous me manquerait le plus: Un sexe masculin? Un père pour vos enfants? La certitude d’avoir pris la bonne décision? Un mâle pour un bien?» Le fait qu’une femme en couple avec une femme puisse vivre sans désir ni besoin d’un homme est absent des réponses.

UNE ÉCHELLE DE KINSEY POUR HÉTÉROTES
Pour celles et ceux qui se retrouveront dans l’impossibilité de répondre à certaines questions du test, autant vous dire tout de suite comment tout cela se termine. Vos réponses ne vous mettent pas dans une catégorie bien déterminée d’hétérosexuelle (puisque ELLE semble partir du principe que vous êtes forcément hétérosexuelle, puisque vous avez fait un test pour vérifier si vous l’êtes vraiment… non?). Vos résultats sont classés en pourcentages en fonction de quatre catégories aux titres d’une subtilité déconcertante: Gaiement hétérosexuelle, Tranquillement hétérosexuelle, Farouchement hétérosexuelle, Paradoxalement hétérosexuelle. Une manière de découvrir son degré d’hétérosexualité, donc. Un peu comme une échelle de Kinsey… mais uniquement pour les hétérotes.

DES RÉACTIONS PAS VRAIMENT AMUSÉES
Sur Twitter, le test a tout de suite fait réagir:

https://twitter.com/_batou_/status/365059973849427968

https://twitter.com/Ouagagoudou/status/365128299975933955

https://twitter.com/sassdersons/status/365130735214018560

https://twitter.com/Koala_Puke/status/365083517337612289

https://twitter.com/asilenus/status/365077110781526017

ELLE, TOUJOURS PAS INCLUSIVE ENVERS LES LESBIENNES ET LES BIES
ELLE va-t-elle encore une fois se cacher derrière l’argument de l’humour pour justifier une telle négation des orientations sexuelles autres que la sacro-sainte hétérosexualité? La rédaction du magazine part-elle du principe qu’aucune lesbienne ou bie ne lit ELLE et ELLE.fr? Alors que certains féminins comme madmoizelle.com sont dans une démarche inclusive de toutes les femmes quelle que soit leur sexualité, ELLE ne semble pas encore décidée à franchir cette étape. Il faudra attendre un peu pour avoir des réponses: pour le moment le journaliste Edouard Dutour, auteur du test en question, ou la responsable de la rédaction de ELLE.fr sont injoignables.

LA RÉACTION DE ELLE
Ce matin, un tweet du magazine ELLE a annoncé avoir modifié le test:

Contactée par Yagg, la community manager du site, Florence Chartier, a donc tenu à rectifier le tir: «On comprend tout à fait que ce test ait pu choqué, mais ELLE n’a jamais eu la volonté de dénigrer l’homosexualité et la bisexualité.» Comment ce test en ligne depuis 2010 est-t-il réapparu aujourd’hui? «Plein de vieux sujets sont remontés du fait que nous lançons une nouvelle version du site. Du coup, ce test est revenu en Une, sans que ce soit une volonté de la rédaction et sans qu’il soit relu, explique Florence Chartier. Et même depuis tout ce temps, aucun.e lecteur/trice n’avait réagi par rapport à la mention de Dominique Strauss-Kahn dans une des questions, par exemple. Personne n’est venu nous le signaler via Twitter ou autre.»

La community manager a donc pris l’initiative de modifier ou de faire sauter certaines questions, en prenant en compte l’article de Yagg, mais aussi en suivant son propre instinct. Elle a par exemple pris le soin de remplacer «égale de l’homme» par «tellement mieux qu’un homme» pour la question sur la femme: «La femme comme égale de l’homme, c’était tellement évident que j’ai voulu mettre une autre réponse.» Autre changement: l’ajout de la mention «ne jamais avoir essayé avec une femme» parmi les regrets. Les deux questions exposées dans l’article de Yagg ont elles aussi été modifiées. «Le postulat de départ, c’est quand même que le test s’adresse à des hétéros. Après, quand on nous signale ce genre de problème, on le prend évidemment en compte pour faire en sorte qu’il n’y ait plus ce genre de couacs.»