Avec un article publié dans la revue Ethnologie française et une thèse, la sociologue Myriam Joël-Lauf s’est penchée sur la question de l’homosexualité dans les prisons de femmes pour déconstruire les préjugés et mettre un terme à la «perspective misérabiliste». En sept ans, l’universitaire a rencontré une centaine de détenues dans une quinzaine de prisons. Les entretiens qu’elle a eus avec les prisonnières comme avec les agents pénitentiaires lui ont permis de pointer comme étant des erreurs certaines «préconstructions sociales». Notamment l’idée que c’est en prison, parce qu’il n’y a pas d’hommes, que les femmes s’adonnent à l’homosexualité.

«Parmi les femmes que j’ai rencontrées, bien peu ont découvert les pratiques homosexuelles au cours de leur incarcération. Il y a en fait un énorme fantasme autour de cette question, y compris au sein de la détention. À entendre les détenues comme les surveillantes, tout le monde aurait viré sa cuti!»

Ces femmes qui ont déjà eu des relations sexuelles avec d’autres femmes ne s’identifient pas comme étant des lesbiennes: «Elles ne savent plus comment définir leur orientation sexuelle, explique la sociologue. Elles ne se considèrent pas comme homosexuelles, mais pensent en même temps qu’elles ne sont plus vraiment hétérosexuelles.»

Plus encore que la prison, la réprobation sociale de l’homosexualité pèse sur la sexualité de ces femmes. Dans le milieu carcéral, la norme hétérosexuelle n’est pas tant imposée par le personnel d’encadrement que par les codétenues qui «opèrent un fort contrôle social». Entre les chantages, les insultes, les humiliations, les moqueries et les brimades, on vit rarement bien le fait d’être une lesbienne en prison.

«Certaines découvrent pour la première fois le plaisir sexuel, mais elles éprouvent en même temps beaucoup de honte. A fortiori les femmes pratiquantes et/ou issues des milieux populaires, où l’illégitimité de l’homosexualité est toujours marquée. Je pense par exemple à une détenue qui se trouvait si “sale” qu’elle se refusait à embrasser sa mère au parloir.»

Une fois la peine à son terme, rares sont les couples de femmes qui poursuivent leur relation au-delà des murs de la prison. En partie parce que «sans une affirmation identitaire homosexuelle solide, ces femmes sont mal armées pour supporter les différentes formes de stigmatisation associées à l’homosexualité dans la société civile. Donc même si elles trouvent leur relation homosexuelle bien plus satisfaisante émotionnellement et sexuellement, elles seront amenées à renouer avec une activité hétérosexuelle, bien plus légitime socialement».

À lire sur Next.