Blake Skjellerup pourra-t-il porter son rainbow flag ailleurs que sur les pistes de patinage de vitesse? C’est on ne peut moins sûr. Vendredi dernier, le Comité international olympique (CIO) affirmait avoir «reçu l’assurance du plus haut échelon du gouvernement russe que la loi n’affecterait pas ceux qui assisteront ou participeront aux Jeux» (lire Terrains de Jeux: Sommets et creux de vagues). Le ministre des Sports russe, Vitaly Mutko, a pourtant averti, ce jeudi 1er août, que la loi s’appliquerait à tou.te.s.

«Personne n’interdit à un athlète qui a une orientation sexuelle non-traditionnelle de venir à Sotchi, a-t-il déclaré à l’agence de presse sportive russe R-Sport, mais s’il sort dans la rue et commence à faire de la propagande, alors bien sûr il devra rendre des comptes.»

Il confirme ainsi ce qu’affirmait il y a quelques jours Vitaly Milonov, l’un des élus de Saint-Pétersbourg à l’origine de la loi. «Si une loi a été adoptée par le Parlement fédéral et promulguée par le président, indiquait-il, le gouvernement n’a pas le droit de la suspendre. Il n’en a pas le pouvoir.»

Les critiques qui se multiplient à l’encontre la loi promulguée en juin dernier par Vladimir Poutine ne semblent donc pas inquiéter outre-mesure le gouvernement russe. Pourtant, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour appeler la Russie à revenir sur cette législation, qui punit sévèrement la «propagande» des «relations sexuelles non-traditionnelles» auprès des mineur.e.s, et enferme, par conséquent, les personnes LGB dans un statut de sous-citoyen.ne.s, avec parfois des conséquences dramatiques (lire Russie: des groupes extrémistes ciblent les jeunes LGBT).

Les actions à prendre pour faire pression sur la Russie divisent les militant.e.s, entre boycott de la vodka russe à l’appel de Dan Savage (ce que font déjà un certain nombre de bars anglo-saxons, mais un tel appel en France est interdit par la loi) et pétition pour interdire de visas Vitaly Milonov et Elena Mizulina, qui a porté la loi au niveau fédéral (lire Russie: Entre boycott et gay pride, le cœur des militant.e.s balance).

Des manifestations devant les ambassades de Russie dans différents pays ont lieu ou sont annoncées, à côté d’autres actions plus hardcore, comme celle de la drag queen berlinoise Barbie Breakout qui s’est littéralement cousu la bouche pour protester contre la loi russe (attention, la vidéo ci-dessous n’est pas facile à regarder):

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur ‪open your mouth protest against Russian homophobia graphic‬

«La douleur que j’ai ressenti à l’intérieur quand j’ai vu dans les médias ce qui se passe en Russie est bien plus forte que la douleur de l’aiguille, a-t-elle déclaré à Die Welt. Mon compagnon tenait la caméra. Mais il n’a pas pu regarder. Dans ma jeunesse j’avais beaucoup plus de trous à l’oreille que ce que je viens de faire à ma bouche. Tout est guéri à part un petit hématome à gauche. C’était un geste symbolique, pas d’auto-destruction»

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