Elle tient un blog sur le Huffington Post, Esther Benbassa en fait cette semaine un journal de bord à l’occasion de l’examen du projet de loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe au Palais du Luxembourg. Enlevés et percutants, amusés, parfois indignés, les billets de la sénatrice EELV du Val de Marne, très présente dans les séances, racontent la vie de l’hémicycle, les lancinants discours de l’opposition dans ce débat.

Mercredi 10 avril, Esther Benbassa raconte la très longue journée de la veille:

«Les discours interminables, lancinants, circulaires de la droite, tournant toujours autour de l’enfant, de la filiation “contre-nature” chez les couples homos, mettaient la gauche en ébullition. On s’énervait, on s’impatientait, en un mot on n’en pouvait plus.

Il était stupéfiant que la réalité de familles désormais polymorphes puisse échapper ainsi aux barons et baronnes conservateurs de nos territoires, pour certain-e-s semblant venir d’un autre monde. De vraies apparitions. De vraies révélations. Pour moi, en tout cas.»

Sénatrice et directrice d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), elle désespère aussi: «Tout au long de la journée, je me suis demandée pourquoi j’étais allée faire de si longues études puisque la culture, la souplesse qu’enseigne le savoir n’avaient pu toucher les mentalités ou ne serait-ce que le tour d’esprit d’un grand nombre des représentants de notre grand pays».

Samedi, dans un billet titré «Que va devenir la France avec tous ces gays et toutes ces lesbiennes», elle tempête: «Là, j’ai les oreilles qui tintent. J’entends mal? Je rêve? “Un enfant a besoin de dire ‘maman’”. “Les premiers mots d’un enfant sont ‘maman’”. Et c’est de cela que nous allons priver les bambins de couples gays. Allons, allons, nous aimons tous notre maman. Mais il faut se rendre à l’évidence: on peut avoir deux “mamans”, deux “papas”, et ça n’arrive pas que dans les familles homos. Les familles recomposées, c’est cela, et depuis longtemps déjà. Les enfants de couples gays ne verront donc jamais de femmes? C’est ça qu’on veut nous faire croire? Qu’ils n’auront, les pauvres, aucuns référents féminins et vice versa?».

Verre d’eau à moitié plein. Dans son premier post, Esther Benbassa a noté que «pour une fois, dans les travées, à la tribune, on a parlé d’amour, de sexe, de gays, de lesbiennes, et de mariage! Et nos deux ministres, avec leurs vestes colorées, leurs paroles de femmes ont tout de suite bouleversé l’ambiance un peu tristounette de cet hémicycle où Colbert, Portalis, Malesherbes, Saint-Louis et quelques autres nous observent de haut, de leur regard figé de pierre».

À lire sur Le Huffington Post.