Arte diffuse ce soir, à partir de 22h35, les deux premiers volets de Fashion!, une série documentaire en 3 épisodes signée Olivier Nicklaus (le dernier volet sera programmé samedi prochain).

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Comment résumer 30 ans de mode, des années 80 à nos jours, en 3×52 minutes? Pas simple. La première réussite de l’entreprise est l’immense travail de recherche d’archives, souvent inédites: des extraits de défilés, évidemment, mais aussi des interviews de créateurs, des reportages de JT de l’époque, etc. De ce point de vue, Fashion! est non seulement une histoire de la mode, mais aussi une histoire de notre regard sur la mode.

«GOLDEN EIGHTIES»
Le premier volet, baptisé Golden Eighties, s’attache tout particulièrement au parcours de 4 créateurs émergents dans les années 80: Thierry Mugler, Claude Montana, Azzedine Alaïa et Jean Paul Gaultier. L’heure est à la fête, au métissage, à la confusion des genres, à l’expression de toutes les sexualités. C’est le «body conscious» de Mugler et le début des défilés comme des «messes médiatiques», c’est Gaultier qui instaure une french touch mixant culture populaire et luxe. Ah les savoureuses images de Grace Jones en pleine séance d’essayage dans le petit atelier parisien d’Alaïa en 1982! Sans parler de la cérémonie des Oscars de la mode, en direct de l’Opéra Garnier, présentée par Frédéric Mitterrand et… Denise Fabre. Ardisson décoince la télé, le champagne (et le reste) coule à flot au Palace, mais toute cette insouciance est brisée par l’arrivée du sida qui fait particulièrement des ravages dans le milieu de la mode.

«ANTIFASHION»
La décennie suivante sera plus sombre. C’est le 2e épisode, intitulé Antifashion. Comme dit l’un des témoignages, le vêtement des années 80 était fait pour bluffer l’autre, celui des années 90 exprime une personnalité, une vérité intérieure. Les Japonais Yohji Yamamoto et Rei Kawakubo (Comme des Garçons) sont les fers de lance de cette révolution esthétique faite de radicalité, sur fond d’époque nourrie au «no look» du grunge. Suivront les «Six d’Anvers», dont Ann Demeleumeester et Martin Margiela, mais aussi le minimalisme façon Helmut Lang ou Jil Sander. Le documentaire creuse alors une problématique essentielle: comment certains de ces couturiers antifashion farouchement indépendants se font faire racheter/bouffer/récupérer par les mastodontes du luxe.

Fashion! ne se contente pas d’un formidable coup d’œil dans le rétroviseur. En interviewant certains des acteurs de cette épopée, il questionne le statut du couturier. «Le rôle de l’artiste, c’est de nier la réalité. De dire “changeons-la, brisons-la” (…). Les créateurs de mode sont-ils des artistes?»: cette phrase de Yohji Yamamoto nous trotte encore dans la tête…