En s’opposant aux mariages pour tous les couples, l’Église catholique se mêle-t-elle de ce qui ne la regarde pas? Dans un document publié hier soir sous l’égide de la Conférence des Évêques de France (CEF), douze auteur-e-s justifient la prise de parole de l’institution religieuse au nom du «bien commun» et d’une volonté de «participer au débat public».

UN TEXTE DÉPASSIONNÉ
Longue d’une dizaine de pages, cette note présente les arguments de l’épiscopat français sans tomber dans les travers du cardinal Barbarin, par exemple. Les auteur-e-s reconnaissent ainsi que «les préjugés ont la vie dure et les mentalités ne changent que lentement, y compris dans nos communautés et familles catholiques». Ils/elles admettent également que le pacs a des limites. Autre bon point: aucune conséquence apocalyptique n’est mentionnée dans le cas où l’ouverture du mariage serait votée. Là où d’autres promettent des cataclysmes et la fin de la civilisation dans une longue et atroce agonie, lire un texte aussi dépassionné est presque un soulagement.

Presque, parce qu’on n’échappe toutefois pas à des prises de position qui font bien sentir qu’on ne s’écarte pas des dogmes. Les catholiques homosexuel-le-s sont appelé-e-s à vivre dans «la chasteté», même dans le cas d’un couple. La CEF considère que «l’aspiration à vivre une relation stable se rencontre plus fréquemment aujourd’hui qu’il y a 20 ans», mais elle met aussi en avant le fait que «la cohabitation sous le même toit, la relation sexuelle ou l’exclusivité du partenaire ne font pas toujours partie des éléments d’une relation stable» au sein des couples homos. Oubliant de mentionner qu’on ne retrouve pas non plus toujours tous ces critères dans tous les couples hétéros.

LA «VALEUR» DE L’AMOUR
Pour les auteur-e-s de ce document, le fond du problème repose sur un point: la procréation. Ouvrir le mariage à tous les couples amènerait à «reconnaître que l’amour, entre deux personnes de même sexe, a la même valeur que l’amour entre un homme et une femme». Or, pour la CEF, ceci est strictement faux «au regard de la procréation naturelle». Soulignons qu’à aucun moment la situation des couples hétérosexuels stériles n’est mentionnée. En gros, s’aimer, c’est faire des bébés.

«Seule la relation d’amour entre un homme et une femme peut donner naissance à une nouvelle vie», martèlent les auteur-e-s. Ah, l’amour… Argument insuffisant pour justifier qu’on marie deux personnes de même sexe d’après l’Église catholique, mais si utile pour faire des enfants! Car c’est bien connu: seuls les gens qui s’aiment procréent. Et si l’amour qui lie deux personnes de même sexe ne leur permet pas d’avoir d’enfant, c’est bien que leur amour a un problème, n’est-ce-pas?

LA «FONCTION SOCIALE» DE L’AMOUR
Puisque les homosexuel-le-s ne peuvent pas avoir d’enfants, pourquoi les marier?, s’interroge la CEF. «Le mariage a toujours eu la fonction sociale d’encadrer la transmission de la vie en articulant, dans le domaine personnel et patrimonial, les droits et devoirs des époux, entre eux et à l’égard des enfants à venir», rappelle-t-elle. L’Église catholique a toujours refusé que les femmes stériles ou ménopausées se marient, non? Non. Et pourtant, pour ces femmes-là, il n’est pas question de «transmission de la vie». Néanmoins, on ne leur interdit pas d’épouser un homme, qu’elles l’aiment ou pas, d’ailleurs.

Peu importe, la CEF n’en démord pas: on ne peut pas défaire «le lien entre conjugalité et procréation». Dès lors, les partisan-e-s du mariage pour toutes et tous, qui s’appuient sur «une vision tronquée du droit», doivent penser à autre chose qu’au mariage. Les homosexuel-le-s doivent toujours se souvenir de la différence qui existe entre eux/elles et les hétérosexuel-le-s. L’Église catholique tente aujourd’hui de «chercher une réponse», «une solution originale» qui comblerait les attentes de toutes et tous «sans porter atteinte aux fondements anthropologiques» qu’elle a elle-même définis comme tels. «La société est au défi de trouver de nouvelles formes pour vivre les différences dans l’égalité», concluent les auteur-e-s. Différents mais égaux, ça ne vous rappelle rien? On s’attendait à mieux pour une solution «originale»…

Photo Capture (Jean-Luc Brunin, évêque d’Ajaccio et président du Conseil Famille et société de la CEF)

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