En 2011, le milliardaire franco-géorgien Boris Ivanishvili a décidé de s’engager en politique à l’approche des élections législatives. Il a ainsi constitué un parti d’opposition regroupant plusieurs partis conservateurs (le Parti Républicain, les Démocrates Libres, le Forum National, le Parti Conservateur et le Parti pro-industrialisation de la Géorgie). Ensemble, ils ont fondé Rêve Géorgien. Plusieurs ONG s’inquiètent aujourd’hui de voir des prises de positions de plus en plus hostiles envers les minorités ethniques, religieuses, mais aussi sexuelles.

L’ÉGALITÉ CONTRAIRE AUX PRINCIPES RELIGIEUX
Manana Kobakhidze, la présidente du parti, avait tenu des propos profondément anti-égalité lors d’une interview: «Il apparaît que le pays essaie de plaire à l’Amérique en protégeant les minorités et en arrêtant les gens qui ont une pensée alternative sur ce problème… Quand quelqu’un essaie de construire une démocratie en détruisant notre éthique et notre ethno-psychologie chrétienne-orthodoxe, qui veut d’une telle démocratie? Chacun-e est considéré-e comme un membre égal de la société dans les pays européens. C’est impossible pour nous de l’accepter, parce que cela va à l’encontre de l’éthique orthodoxe.»

L’HOMOSEXUALITÉ: UNE CRISE MORALE
Concernant les minorités sexuelles, Gubaz Sanikidze, président du parti nationaliste avait fait part d’une opinion sans ambiguïtés sur le sujet en mars 2011, lors d’un interview au journal Tbiliselebi: «Dans cette crise morale initiée par le gouvernement, les hommes sont davantage des victimes que les femmes. Par exemple, en termes de minorités sexuelles en Géorgie, le nombre de pédérastes est plus important que le nombre de lesbiennes. Ainsi, les Géorgiennes sont plus tenaces.» En 2007, ce même homme politique s’était déjà exprimé sur le mariage lors d’une autre interview: «Qu’ils n’en rêvent même pas, ça ne sera jamais légalisé en Géorgie. Cela contredit non seulement les traditions géorgiennes, mais aussi l’ensemble de la tradition humaine.»

Se plaçant en opposant de l’actuel gouvernement, «Rêve Géorgien» ne manque jamais de critiquer vivement les mesures adoptées, notamment une loi visant à octroyer l’égalité de droits à toutes les minorités religieuses. De plus, l’actuel président géorgien Mikhail Saakachvili est régulièrement accusé d’être trop tourné vers l’Occident, qu’une partie de la population tient pour responsable de l’homosexualité.

LGBT EN GÉORGIE
Il semble que l’homosexualité cristallise les peurs des Géorgien-ne-s: perte des valeurs et des traditions, mais aussi la baisse de la démographie. Interviewé en 2008 dans le journal Kviris Qronika, le sociologue Anzor Gabiani démontrait l’augmentation de l’homosexualité dans la société géorgienne: «Malheureusement, les jeunes et les enfants, n’ayant pas encore goûté aux femmes, sont piégés dans ce processus, parfois à tort, parfois par la contrainte. Les homosexuels ont leur propre clan, comme la mafia, à travers le monde, et ils s’apportent du soutien entre eux, ce qui est très dangereux. Il y a parmi eux des gens incroyablement riches.» Ainsi, même une partie des intellectuel-le-s entretiennent des mentalités encore pétries de préjugés.

Pour Eka Aghdgomelashvili, directrice de projet à l’association LGBT géorgienne Inclusive Foundation, la religion, l’État, mais aussi les médias, sont les trois moteurs de l’homophobie. De plus, certaines associations de défense des droits humains excluent clairement les LGBT de leurs actions. Le 17 mai dernier, une marche contre l’homophobie s’est tenue pour la première fois dans la capitale, Tbilissi. Des contre-manifestants avaient alors tenté de s’opposer à l’événement et les forces de l’ordre étaient intervenues. Il n’existe pour le moment aucune loi condamnant les actes homophobes en Géorgie.

QUAND LE RÊVE GÉORGIEN S’OFFRE DES VOIX
Les élections législatives auront lieu en octobre, un an avant la prochaine élection présidentielle en Géorgie. La coalition Rêve Géorgien a-t-elle une chance de déstabiliser le gouvernement de l’actuel président Mikhail Saakachvili? Début juin, Boris Ivanishvili a reçu une amende s’élevant à 90 millions de dollars, pour avoir accordé certains avantages aux membres de son part. En outre, le milliardaire sait se montrer très généreux envers ses futur-e-s électeurs-trices, notamment en offrant des cadeaux aux habitants de sa région (postes des télévisions, électroménager).