Accusée d’être un homme et d’avoir violé sa colocataire, Pinki Pramanik, ancienne championne indienne d’athlétisme a vécu un véritable calvaire. Arrêtée et enfermée le 14 juin dernier, relâchée presque un mois plus tard, Pinki Pramanik ne reconnaît pas les faits. Selon elle, la femme qui l’accuse, avec qui elle s’était même liée d’amitié, a abusé de sa confiance et avait même commencé à la faire chanter. Mais à cause de ces accusations, Pinki Pramanik a été placée en détention dans le quartier d’une prison réservé aux hommes, sans même connaître le montant de sa caution. Elle a finalement été relâchée, mais garde un souvenir traumatisant de sa détention. Elle est aujourd’hui déterminée à se battre pour faire reconnaître son innocence.

EXAMINÉE CONTRE SON GRÉ
Dans une interview accordée au magazine indien Outlook, l’ancienne athlète raconte comment elle a subi contre son gré un examen de féminité particulièrement violent et dégradant: «J’ai été emmenée à l’hôpital où on m’a injecté un produit pour m’endormir. Quand je me suis réveillée, mes mains et mes pieds étaient attachés au lit et mes vêtements avait été enlevés.» Durant sa détention, Pinki Pramanik a été plusieurs fois examinée. Filmée avec un téléphone portable, une vidéo d’un de ces tests aurait été publié sur Internet.

«ON APPELAIT ÇA LA MÉDECINE RUSSE»
Pinki Pramanik explique qu’on lui a fait prendre de la testostérone lorsqu’elle s’entraînait pour la compétition. La prise d’hormones explique donc sa forte musculature et sa pilosité. «On appelait ça la médecine russe. On m’a dit qu’il fallait que je prenne ça et je n’ai jamais demandé si c’était légal ou non. Je me concentrais sur la compétition et j’ai fait ce que m’ont demandé mes entraîneurs qui savaient ce qu’il y a de bien pour moi.» Des regrets? «Depuis que je suis enfant, je rêve de devenir coureuse. J’ai décroché l’or pour mon pays et c’est plus important que tout le reste», affirme Pinki Pramanik. Son palmarès est en effet impressionnant : triple-médaillée d’or aux Jeux d’Asie du Sud en 2006, ou encore médaillée d’argent au relais des Commonwealth Games la même année.

LE GENRE EN DOUTE
Le cas de Pinki Pramanik n’est pas sans rappelé celui de Caster Semenya qui avait du subir un test de féminité en 2009, avant de pouvoir réintégrer les stades. À l’époque, la championne sud-africaine avait subi l’acharnement des instances sportives qui remettaient en cause ses résultats en raison d’une apparence jugée trop masculine.

MOBILISATION POUR PINKI
«Il y a deux grandes questions: où sont les officières de police et où est la caution?» a résumé la présentatrice et journaliste Sagarika Ghose, soulignant les graves manquements au respect de Pinki Pramanik durant sa détention. Invité-e-s lors de son émission Face The Nation sur CNN-IBN, plusieurs spécialistes et défenseur-e-s des droits ont été très critiques sur le traitement qui a été fait à la jeune femme. Pour l’endocrinologue Deepak Kashyap, cette affaire révèle «l’immaturité sexuelle de notre culture actuelle qui fait que nous percevons l’ambiguïté sexuelle comme un phénomène de foire.»

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