Éric Fleutelot, directeur général adjoint de Sidaction, présente le paradoxe américain: les gays afro-américains prennent moins de risques mais paient un plus lourd tribut à l’épidémie.

«Chez les Afro-américains gays, les risques pris n’expliquent pas tout»
Si la communauté afro-américaine paye un lourd tribut à l’épidémie de VIH aux États-Unis, une récente étude révèle que les gays afro-américains prennent pourtant moins de risques que les autres. Que cache ce paradoxe?

Les gays noirs américains sont plus touchés que les autres gays par le VIH, et pourtant ils prennent moins de risque. C’est l’étrange paradoxe que révèle un récent article du Lancet. Greg Millett du Centre de contrôle des maladies explique que les Noirs qui s’engagent dans des rapports homosexuels sont 15 fois plus susceptibles d’être infectés par le VIH que la population générale et 8,5 fois plus que les Noirs en général. Mais une méta-analyse de plus de 190 études réalisées aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada révèle des éléments paradoxaux: les hommes Noirs ayant des rapports homosexuels aux États-Unis par exemple ont moins de partenaires, utilisent plus le préservatif et ont moins de rapports anaux non protégés que les autres homosexuels. Alors comment expliquer, si les situations à risque sont moins fréquentes, que l’incidence soit toujours si élevée par ces hommes?

Plusieurs causes. Tout d’abord, même avec une prise de risque moindre, comme cette dernière a lieu au sein d’une communauté où la séroprévalence est élevée, la probabilité de «rencontrer» le virus est plus forte que dans une communauté peu affectée par l’épidémie. Ensuite, il existe des déterminants sociaux, comme le chômage, la faiblesse des revenus, un éventuel passé carcéral et un plus faible niveau d’éducation. Ces déterminants sociaux expliquent bien entendu le plus faible accès à l’information, mais surtout au dépistage et aux soins. Car cette méta-analyse révèle également que ces Noirs homosexuels sont bien moins intégrés dans une démarche de soins que les autres et sont donc, en conséquence, moins sous trithérapie. Comme on sait aujourd’hui qu’un traitement efficace, avec une charge virale indétectable et en l’absence d’Infections sexuellement transmissibles réduit considérablement le risque de transmission en l’absence de préservatif, il est plus facile de comprendre que même s’ils prennent moins de risques, les homosexuels africains-américains sont plus «à risque» d’être infectés par le VIH. D’urgence, il faut donc améliorer «l’accès au dépistage et aux soins pour renverser le cours de l’infection, tout en osant enfin démarrer plus tôt, au lycée, les séances d’information et de prévention», suggèrent les auteurs.
Éric Fleutelot
, directeur général adjoint et porte parole de Sidaction.
Photo Une campagne pour le dépistage de l’African American Office of Gay Concerns

 

 

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