Jean-Luc Romero, président du Crips, est à Washington et livre en exclusivité pour Yagg sa chronique quotidienne consacrée aujourd’hui à la visite de la ministre de la Santé, Marisol Touraine (photo).

«Ne jamais rien lâcher même si le changement, c’est maintenant!»

La présence de deux ministres françaises – Marisol Touraine et Geneviève Fioraso – à la 19e Conférence internationale sur le sida, tout comme le message (vidéo) fort de François Hollande en ouverture de ce congrès (lire ma chronique sur Yagg), sont incontestablement des signes que le nouveau gouvernement veut refaire de la lutte contre le sida une priorité de santé publique. Un excellent signal. Il était temps !
Pour autant, ces signes ne sont pas suffisants pour les associations. Après avoir été honorées mardi soir à l’ambassade de France en présence de la ministre Marisol Touraine, les associations étaient invitées mercredi matin pour une réunion informelle avec la nouvelle ministre. Alors que je l’accueillais dans le stand France – il est géré par le Crips que je préside –, on sentait une certaine tension et même la colère de certains militants, notamment ceux d’Act Up.

Après un mot d’accueil protocolaire que je fis, puis quelques mots de la ministre, le baptême du feu commence pour Marisol Touraine. Les présidents d’Act Up et d’Aides tendent un décret factice à signer par la ministre qui signifierait la levée immédiate de l’interdiction des soins de conservation toujours refusés aux séropositifs. Alors que le Conseil national du sida, sur ma saisine, s’est exprimé clairement sur le sujet estimant que cette interdiction n’a aucune raison d’être, les pouvoirs publics n’avancent pas depuis des années. Dossier, je le rappelle, sur lequel je me suis, avec ELCS, investi depuis tant d’années…

Fred Navarro, le président d’Act Up, qui a été confronté à une situation douloureuse, a eu beau jouer de l’émotion sincère et de la colère, la ministre rappelle fermement que ce dossier, dépendant de plusieurs ministres, il lui est impossible de signer un tel document sur le champ. Elle a cependant assuré que tout serait fait pour régler ce problème, ce qui, bien sûr, n’a pas satisfait bien des activistes.

Marisol Touraine a cependant fait quelques annonces importantes: l’échange des seringues en prison serait enfin dans les projets d’un gouvernement; l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque aussi; une pression vis-à-vis des assurances et des banques qui ont toujours du mal à accorder des prêts aux séropos sera faite tout comme un élargissement du dépistage. Marisol Touraine a aussi assuré que huit pays seraient déjà prêts à créer, à l’image de la France, la taxe sur les transactions financières, ce qui donnerait, comme l’a promis le président Hollande, de nouveaux crédits pour l’accès aux traitements des malades de pays les plus pauvres. Reste qu’à l’image de Vincent Pelletier, directeur général d’Aides, bien des associations s’inquiètent légitimement de baisses massives de financement des associations lancées par le précédent gouvernement via les ARS. Demain, les associations rencontreront la nouvelle ministre de la recherche que je recevrai aussi au stand France. D’autres débats… Peut-être aussi d’autres colères légitimes.

Si le changement, c’est incontestablement maintenant, pour les associations il s’agit de ne rien lâcher car il en va des vies de tant d’être humains. Elles ont montré hier que les signes encourageants du gouvernement ne leur suffisaient pas et qu’elles voulaient rapidement des actes…

La balle est dans le camp du gouvernement. Et comme je l’ai écrit, s’il est trop tôt pour faire un bilan – le gouvernement n’est là que depuis mai – les associations ne pourront pas attendre la fin de l’année car d’ici là certaines d’entre elles auront peut-être disparues et, avec elles, des pans entiers de la prévention et de l’aide aux malades!

P.-S. : Décidément, les activistes sont – et heureusement ! – très présents à Washington. Après la
manifestation dont je vous ai parlé hier, ce matin, dans le hall où exposent les entreprises pharmaceutiques, les activistes ont crié leur colère sur le stand Gilead (voir ma photo), le laboratoire qui produit le Truvada. Durant une heure, ils ont hurlé leur colère…

P.-S. 2 : Un nouveau déploiement de patchworks des noms derrière la Maison Blanche. Je n’ai pu rater
celui de Mark Romero. Un Romero qui n’a pas eu ma chance. Il est mort en 1995…
Texte et Photos Jean-Luc Romero

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