Samedi 21 juillet, Lamine est arrivé du Sénégal à l’aéroport de Toulouse. Il fuit son pays où sa vie est menacée, du fait de son homosexualité. Dès son arrivée, il a été aussitôt placé en zone d’attente afin que son cas soit examiné, avant de pouvoir demander l’asile en France.

AUDITION EXPÉDITIVE
«C’est l’Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides (Ofpra) qui se charge de déterminer si la demande de la personne est pertinente ou non», explique Marc Rigollet, vice-président de l‘Ardhis. Selon lui, l’audition de Lamine a été très expéditive. «Il était entouré de deux policiers, ce qui rend les choses très difficiles quand on doit parler de soi et sa vie privée.» Lundi 23 juillet, l’Ofpra a donc rendu un avis défavorable et le préfet n’a pas donné son autorisation pour que Lamine puisse avoir accès à la procédure de demande d’asile. A cause de ce refus, il risque maintenant d’être expulsé vers son pays.

RECOURS
Suite à cette décision, l’Anafe (Association Nationale d’Assistance aux Frontières pour les Étrangers) a déposé un recours au tribunal administratif de Paris contre la décision d’interdire l’accès au territoire français à Lamine. L’Ardhis déplore les conditions dans lesquelles se sont déroulées l’entretien, qui ont abouti à ce refus du ministère de l’Intérieur. «Lamine s’est retrouvé dans une zone de non-droit», affirme Marc Rigollet. Pour l’association, «toute personne demandant l’asile doit pouvoir accéder de manière inconditionnelle et dans des conditions correctes à cette procédure et ne doit donc pas risquer d’être refoulée dans son pays avant que celle-ci, tant à l’Ofpra, qu’à la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile), en cas de recours, n’ait pu être menée sereinement et dans des conditions dignes jusqu’à son terme.»

UNE ISSUE INCERTAINE
«L’avocat commis d’office a des pratiques plus que douteuses» s’inquiète Marc Rigollet. Il aurait en effet demandé d’importantes sommes d’argent et aurait pris le titre de séjour du compagnon de Lamine, Boubakar, qui est en Europe depuis maintenant sept ans. L’audience au tribunal administratif de Paris aura lieu cet après-midi. «C’est très incertain, admet Marc Rigollet, mais il y a eu des infractions dans la procédure et la demande de Lamine est pertinente, donc on peut espérer que ça aboutisse. C’est le gouvernement qui décide, mais il peut aussi revenir sur sa décision, puisque le maintien en zone d’attente et le refoulement ou l’entrée sur le territoire sont du ressort du ministère.» L’Ardhis a interpellé les pouvoirs publics, ainsi que plusieurs député-e-s, dont Seybah Dagoma ou Patrick Bloche.

Photo: Sébastien Kinach