Jacques Demy a 30 ans lorsqu’il tourne son premier long métrage, Lola. Un film qu’il aurait voulu en couleurs et musical. Mais le budget est restreint. Qu’importe. Le film est un chef-d’œuvre.

LOLA ATTEND SON PREMIER AMOUR
L’histoire est celle d’un chassé croisé amoureux entre Lola, chanteuse de cabaret, et Roland, qui traine de petits boulots en petits boulots mais n’arrive pas à se faire aimer de Lola. Elle attend le retour de son premier amour et couche avec des marins américains de passage.
Roland fait aussi la connaissance de Mme Desnoyers et de sa fille, Cécile, qui rêve de devenir danseuse. De cette intrigue somme toute assez banale, Jacques Demy réussit un film d’une beauté lumineuse, dans lequel la caméra se déplace en grande liberté autour des personnages. Avec Lola, Jacques Demy installe son univers. La province tout d’abord. Lola est entièrement tourné dans la ville natale de Demy, Nantes. On y voit le théâtre Graslin, la brasserie art déco La Cigale, ainsi que le cinéma Le Katorza et le désormais célébrissime passage Pommeraye. Plusieurs films qui suivront emprunteront dans leur titre des noms de villes de province: Cherbourg, Rochefort.

FIDÉLITÉ À SES PERSONNAGES
Fidélité à son histoire, fidélité à ces personnages aussi que l’on va retrouver dans d’autres films. Lola (Anouk Aimé), l’héroïne volage mais fidèle à son premier amour («On n’aime qu’une fois, pour moi c’est déjà fait») dont les rêves se briseront dix ans plus tard dans les méandres d’un Model Shop tourné en Californie et où Lola pose semi nue pour des photographes (a)mateurs. Roland Cassard (Marc Michel), l’amoureux éconduit, qui à la fin de Lola part pour un contrat juteux de trafic de bijoux est diamantaire dans Les Parapluies de Cherbourg et évoque son amour passé («Autrefois, j’ai aimé une femme») sur une vue du passage Pommeraye. Le nom de Mme Desnoyers est écrit sur le tableau de la boutique d’Edmond dans Une chambre en ville, tourné à Nantes en 1982 mais qui se passe dans les années 50. On retrouve aussi dans ce film des marins, des filles de joie au grand cœur, des mères courageuses, qui peupleront la filmographie de Demy.

DÉDIÉ À MAX OPHÜLS
Jacques Demy était un passionné de cinéma. Lola fait plusieurs fois référence à Max Ophüls auquel le film est dédié. Le nom d’abord, qui fait référence au Lola Montès, chef d’œuvre crépusculaire d’Ophüls avec Martine Carol. Une scène de Lola, lorsqu’elle dit au revoir aux chanteuses du cabaret, emprunte les dialogues de la Maison Tellier du film Le Plaisir d’Ophüls.

MAGNIFIQUE ANOUK AIMÉ
Lola c’est un portrait de femme magnifiquement interprétée par Anouk Aimé. Toujours sur la brèche, jamais tout à fait ici, elle rêve éveillée, Lola ne finit pas ses phrases, est un peu distraite. Elle croit au grand amour mais est prête à faire la pute pour payer l’école de son fils et ne comprend pas que cela puisse en choquer certains. Lola est la première de ces grandes figures féminines du cinéma de Jacques Demy: la joueuse invétérée de La Baie des Anges (Jeanne Moreau), les sœurs jumelles des Demoiselles de Rochefort (Catherine Deneuve et Françoise Dorléac), la fille qui refuse d’épouser son père dans Peau d’Âne (Catherine Deneuve), la femme passionnée d’Une chambre en ville (Dominique Sanda).
Enfin, Lola marque la première collaboration avec le musicien Michel Legrand, qui apporte au film une touche subtile de nostalgie. Lola vous entraîne dans un univers unique, empreint de gaieté et de gravité, de naïveté et de profondeur. Du noir au blanc et retour. La version restaurée qui sort sur les écrans ce mercredi 25 juillet est la très bonne nouvelle de cet été.

La bande-annonce de Lola dans sa version restaurée:

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