Trois représentantes du Syndicat du Travail Sexuel (Strass) ont été reçues mercredi 18 juillet par la ministre des Droits des Femmes Najat Vallaud-Belkacem. L’entretien a tourné court entre les syndicalistes prostituées et la ministre, qui est favorable à «l’abolition» de la prostitution.

«Najat Vallaud-Belkacem nous a surtout posé des questions sur nos parcours individuels, raconte à Yagg Morgane Merteuil, la secrétaire générale du Strass. Elle a voulu nous faire dire que si nous avions eu d’autres choix, nous ne ferions pas ça; elle nous a demandé ce que nous penserions si nos enfants faisaient la même chose… Son attitude était paternaliste, c’était super énervant.»

ABROGATION DU RACOLAGE
«Nous lui avons alors demandé quand serait abrogé le délit de racolage passif, ce qui est un engagement de campagne de François Hollande. Elle nous a fait comprendre que ce n’était pas à l’ordre du jour, et que cela serait voté lors de l’étude d’un texte pénalisant les clients. Nous refusons ce deal», affirme Morgane Merteuil.

«Nous lui avons alors parlé des rapports du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), du Conseil national du sida (CNS) et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH)… Ces institutions ont compris que nous pousser à la clandestinité était dangereux pour nous, pour notre santé», s’alarme la syndicaliste.

En novembre 2010, le Conseil national du sida dressait «un état des lieux alarmant» dans son rapport «VIH et commerce du sexe». Il relevait notamment que la pénalisation du racolage «a aggravé considérablement la vulnérabilité [des personnes prostituées], les a rendues moins visibles dans l’espace public et a compliqué le travail de prévention mené par les associations». Le PNUD tire clairement un bilan négatif de la pénalisation du client en Suède, tandis que la CNCDH recommande non seulement de revoir les politiques liées à la prostitution («abroger le délit de racolage public, qu’il soit passif ou actif»), mais également, pour lutter contre l’exploitation des personnes migrantes, de revoir les politiques migratoires. Le rapport recommande notamment l’accès au «droit commun du travail» pour les travailleur/euses migrant-e-s.

Ces références n’ont pas suffit à convaincre Najat Vallaud-Belkacem: «La ministre nous a répondu qu’il existait d’autres rapports, qui saluaient le bilan de la pénalisation du client en Suède…»

«Elle nous a proposé de participer à de nouvelles discussions, mais nous refusons de servir de caution à des politiques répressives. Cet entretien ne menait nulle part alors nous avons décidé d’y mettre fin. Il est inadmissible qu’une ministre des Droits des Femmes méprise la parole de milliers de femmes !», s’insurge Morgane Merteuil.

Suite à cet entretien, le Syndicat du Travail Sexuel réaffirme son appel à la «démission» de la ministre. Le cabinet de la Ministre n’a pas donné suite à nos demandes de précisions sur l’entretien entre le Strass et Najat Vallaud-Belkacem.

CONTRIBUTIONS THÉMATIQUES AU PARTI SOCIALISTE
En revanche, Morgane Merteuil juge «positive» la contribution thématique de certain-e-s militant-e-s socialistes contre la pénalisation des client-e-s de la prostitution et pour l’abrogation du délit de racolage. «J’ai appelé mes contacts au PS pour les inviter à signer le texte», confie la militante.

Denis Quinqueton, militant au Parti socialiste et à Homosexualités et Socialisme (HES) et co-auteur de la contribution, rappelle que les «contributions thématiques» ne sont pas soumises au vote des militant-e-s lors des Congrès du Parti, mais qu’elles «nourrissent le débat» et peuvent être reprises dans les textes des motions.

«Un amendement similaire à notre contribution thématique avait été soumis au vote des militant-e-s dans certaines fédérations lors de la Convention Égalité réelle fin 2010. Là où il avait été soumis au vote, l’amendement avait recueilli 40% de suffrages favorables», se souvient Denis Quinqueton.

De leur côté, les militantes du Parti socialiste partisanes de «l’abolition» de la prostitution ont, elles aussi, présenté une contribution thématique pour le Congrès, qui aura lieu à Toulouse en octobre prochain.

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