Jonas et Franky avaient été arrêtés pour homosexualité à Yaoundé (Cameroun) en juillet 2011, et condamnés en 1e instance à 5 ans de prison ferme et 200000 francs CFA d’amende (la peine maximale) en novembre de la même année. Leur procès en appel s’est ouvert vendredi dernier dans la capitale.

Maître Saskia Ditisheim, avocate au barreau de Genève et présidente d’Avocats Sans Frontières-Suisse (ASF-Suisse), était venue prêter main forte à l’équipe qui défendait déjà les prévenus en première instance: Alice Nkom, présidente de l’Adefho, et Michel Togué (voir les photos ci-dessous). La juriste suisse explique à Yagg comment elle a rencontré Me Nkom: «Nous avons fait connaissance en 2010 à Genève lors du Festival du film pour les droits humains, lors de la projection du documentaire de Céline Metzger, Sortir du Nkuta. Nous nous sommes ensuite engagées dans un contrat de partenariat.»

UN SOUTIEN PATERNEL
Saskia Ditisheim a donc plaidé pour défendre les 2 accusés, vendredi. «L’audience concernait la demande de remise en liberté et non le fond du dossier, mais finalement nous avons tout de même parlé de celui-ci. Nous avons senti une grande qualité d’écoute de la part du président [de la cour, ndlr]. Deux personnes se sont portées garantes que nos clients se présenteraient aux prochaines audiences s’ils étaient libérés: le père de Jonas et l’assistant de Me Nkom.»

DES CONDITIONS DE DÉTENTION EFFROYABLES
Jonas et Franky sont actuellement détenus dans des conditions extrêmement difficiles: «Pour l’ensemble de la population carcérale, les conditions de vie sont très mauvaises, insalubres. Sans soutien extérieur, on peut en mourir, explique l’avocate. Les prisons sont surpeuplées: il y a 4 fois plus de détenus que ce qui est prévu. Et les détenus homosexuels sont la risée de toute la prison, surtout quand ils sont efféminés.»

INÉGALITÉS SOCIALES ET CORRUPTION
Saskia Ditisheim explique que la question de la classe sociale entre en jeu dans la répression de l’homosexualité: «Ce sont surtout les homosexuels très pauvres qui sont emprisonnés, parce qu’ils ne peuvent pas payer des pots-de-vin. Dans cette affaire, l’un est couturier, l’autre est coiffeur, ils ont peu de moyens. Mais l’homme arrêté avec mes clients a pu être libéré sous caution. Il a cependant été inculpé pour tentative de corruption…» L’avocate suisse voit dans cette inculpation un moyen de lui faire comprendre qu’il n’avait pas assez payé de dessous-de-table. «Aujourd’hui, cet homme a disparu dans la nature», note-t-elle.

DÉLIBÉRÉ LE 3 AOÛT
La décision concernant la remise en liberté de Jonas et Franky sera rendue le 3 août prochain, puis le dossier sera jugé sur le fond. Malgré une salle d’audience hostile aux 2 prisonniers, Saskia Ditisheim a bon espoir pour la libération de ses clients.

D’autres dossiers pour homosexualité sont actuellement en cours au Cameroun. «Le 20 août prochain, celui de Jean-Claude Roger Mbédé (qui vient d’être libéré) sera jugé sur le fond, annonce Saskia Ditisheim. Une lesbienne est également sous le coup d’une procédure, mais elle n’est pas en prison. Il y a de plus un dossier qui concerne 4 hommes, 2 majeurs et 2 mineurs. Les mineurs viennent d’être libérés car le dossier était complètement vide.»

Sur le terrain politique, le ministère de la Justice souhaite renforcer la pénalisation de l’homosexualité, mais l’Adefho et ses soutiens restent mobilisés pour les droits humains.

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Photos DR

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