Les 12-18 ans de la Fédération Wallonie-Bruxelles auront désormais accès à une «éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle» (EVRAS) au sein de leurs établissements scolaires. Un décret ministériel allant dans ce sens a été publié le 11 juillet, en application d’un point du programme gouvernemental pour la mandature 2009-2014. Ce décret concerne aussi bien les établissements d’État que ceux du réseau «libre» catholique.

Vincent Bonhomme, coordinateur de projet à Arc-en-ciel Wallonie (la fédération wallonne des associations LGBT), explique à Yagg que son organisation compte bien participer à l’animation de ces modules : «Nous avons de bons contacts au ministère. L’accord gouvernemental prévoyait de confier ces modules au centres de planning familial mais la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (du Centre démocrate humaniste, cdH), est favorable à l’autonomie des établissements dans le choix des intervenant-e-s».

Une autonomie qui pourrait être «à double tranchant», puisque qu’elle pourrait à la fois permettre les interventions d’Arc-en-ciel, et donner la possibilité aux établissements catholiques de confier ces modules aux professeur-e-s de religion…

«Nous sommes attaché-e-s à ce que ces modules soient assurés par des intervenant-e-s extérieur-e-s plutôt que par les professeur-e-s ou l’équipe psycho-médico-sociale de l’établissement, précise Vincent Bonhomme. Et il y a une grande disparité de connaissance des dossiers LGBT entre les différents centres de planning familial, certains sont calés, d’autres non.»

C’est pourquoi la fédération LGBT veut faire valoir son savoir-faire, qu’elle va d’ailleurs renforcer dans les prochains mois: «Arc-en-ciel va embaucher un 3e salarié, qui se consacrera entièrement aux interventions en milieu scolaire. Nous allons lancer une campagne de recrutement de bénévoles pour les modules», annonce Vincent Bonhomme.

«Le contenu des modules d’éducation sexuelle et affective n’a pour l’instant pas été défini précisément par le ministère. La définition de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui inclut explicitement les questions LGBT, serait une bonne base de travail. Nous restons vigilant-e-s. Le terme “relationnelle” a été ajouté à l’intitulé du module pour rassurer les parents et l’enseignement catholique, mais nous ne souhaitons pas que cela permette d’éviter les questions de sexualité», avance le militant.

Arc-en-Ciel va prendre modèle sur les interventions du Groupe régional d’intervention sociale (GRIS), au Québec (voir la vidéo ci-dessous). «Les modules sont basés sur le “récit de soi” pendant 20 minutes, puis il y a 40 minutes de questions/réponses avec les élèves. Nous préparons les intervenant-e-s avec les questions les plus souvent posées», explique Vincent Bonhomme. Les militant-e-s d’Arc-en-ciel rencontreront Kévin Lavoie, chercheur et intervenant au GRIS-Québec, lors de sa venue en Belgique. Il donnera une conférence à Liège le 23 octobre.

La fédération Arc-en-ciel travaille déjà avec le ministère: «le 17 mai, pour la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, nous envoyons du matériel aux enseignant-e-s, qui le diffusent aux élèves». Vincent Bonhomme explique aussi être en contact étroit avec les plannings familiaux.

La construction des ateliers d’éducation à la vie affective et sexuelle est donc en cours. La mise en place de ces modules est saluée comme «une bonne nouvelle» par la fédération des associations LGBT de Wallonie. «Actuellement, des modules d’éducation à la vie affective et sexuelle existent déjà dans certaines écoles secondaires. Désormais, il y aura une égalité entre les élèves des différents établissements», se félicite Vincent Bonhomme.

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez sur Tout sur… le GRIS

Photo M-j-H