Louis-Georges Tin, président du Comité Idaho, a arrêté il y a quelques jours une grève de la faim menée avec deux autres militants pendant près de 3 semaines en signe de protestation contre la promesse à ce jour non tenue de François Hollande de porter à l’Onu une résolution sur la dépénalisation universelle de l’homosexualité. Une action qui a suscité bon nombre de commentaires, positifs et négatifs.

Louis-Georges Tin a fait parvenir à la rédaction de Yagg le texte ci-dessous, qu’il présente comme un texte de fiction, et que nous publions. L’activiste a trempé sa plume dans l’ironie et évoque un long combat entre les «raisonnables» et les «écervelés». Toute ressemblance…

louis-georges-tin«ÉLOGE DES RAISONNABLES», PAR LOUIS-GEORGES TIN
En 1969, à New York, les raisonnables étaient déjà là. Depuis quelque temps déjà, ils veillaient à ce que les écervelés ne fassent pas trop de bêtises. Lorsqu’ils apprirent que la descente de police avait dégénéré en émeute, nos raisonnables ne manquèrent pas de critiquer ces travestis, prostitués, immigrés et autres marginaux, qui fréquentaient ce bouge infâme – le Stonewall Inn. Les raisonnables ne manquèrent pas de sermonner les écervelés: «ce n’est pas la bonne méthode, vous êtes trop radicaux, vous êtes tout à fait isolés, vous n’êtes pas représentatifs, vous donnez une mauvaise image de l’homosexualité, et vous nuisez à la cause. C’est insupportable!». Étonnamment, le mouvement initié par les écervelés aux États-Unis fut pourtant soutenu dans le monde entier, et il paraît qu’aujourd’hui, il y a partout des marches appelées «gay prides», en souvenir de la révolte de ces marginaux, tout à fait grotesques. Quelle bizarrerie!

En France aussi, nous avons nos écervelés. Dans les années 1990, l’un d’eux, ***, eut l’idée saugrenue de proposer que les couples de même sexe puissent s’unir. Heureusement, les raisonnables de l’époque ne manquèrent pas de l’attaquer, en lui montrant que son idée était tout à fait absurde, qu’elle était trop radicale, que la société n’était pas prête, qu’il était tout à fait isolé, et que son combat était finalement contre-productif. On ne sait pourquoi, quelques années plus tard, certains parlementaires reprirent son idée. À ce moment-là, les raisonnables trouvèrent l’initiative excellente, laissèrent *** de côté, et firent comme si elle venait d’eux. Cela fit beaucoup de peine à ***, qui sombra dans une grande mélancolie, mais on l’avait de toutes façons oublié depuis longtemps.

D’autres écervelés commencèrent à parler de filiation. Ils prétendaient que les couples de même sexe pouvaient non seulement s’unir, mais aussi avoir des enfants – calembredaines dont se gaussaient les raisonnables. Ceux-ci expliquaient aux écervelés qu’ils étaient à la fois trop radicaux et trop conservateurs, que les homosexuels ne devaient pas singer les hétérosexuels, qu’il fallait faire le deuil de l’enfant, que tout cela était prématuré, et ne ferait que renforcer l’homophobie ambiante. La consigne était claire: pourtant, ces parents sans cervelle firent leur organisation autonome, organisèrent des colloques, et devinrent bientôt plus visibles que les raisonnables, ce qui était tout à fait injuste.

Au début des années 2000, d’autres écervelés allèrent encore plus loin! Ils proposaient carrément le mariage des couples de même sexe. Évidemment, ils étaient tout à fait isolés, trop radicaux, et nuisaient en fait à la cause, comme le disaient à juste titre les raisonnables. Pourtant, nos petits écervelés organisèrent à Bègles un mariage entre deux hommes, au mépris des lois de la République. Quelle honte! Heureusement, le ministre de l’intérieur de l’époque ne manqua pas de châtier les impudents, à la grande joie des raisonnables qui commentèrent: «on vous l’avait bien dit! Ce n’était ni le bon combat, ni la bonne méthode.» Cependant, voyant que le Parti Socialiste était finalement pour le mariage des couples de même sexe, nos raisonnables décidèrent de voler au secours de la victoire, et s’engagèrent promptement pour soutenir l’égalité des droits.

Dans les années qui suivirent, un écervelé d’un genre nouveau fit irruption, qui avait toujours à la bouche ce mot bizarre «homophobie». S’appelant ***, il publia un Dictionnaire sur le sujet, et lança même une Journée mondiale. Têtu comme pas deux, il ne voulait rien entendre des raisonnables, qui lui expliquaient que son attitude était ringarde, qu’il était dans la victimisation, qu’il renforcerait en fait l’homophobie, et qu’il nuirait à sa propre cause. De toutes façons, comme il était isolé et noir, on savait qu’il n’aboutirait à rien, et on riait sous cape de ses ambitions démesurées. Cependant, par on ne sait quel tour de vaudou, en quelques années, la question de l’homophobie prit une ampleur nouvelle, et cette Journée fut célébrée dans le monde entier, malgré les prédictions de nos petits raisonnables. C’était tout à fait injuste. Sûrement un coup de chance.

En 2008, le petit homme récidiva: il voulut absolument qu’on parle à l’Onu de «dépénalisation de l’homosexualité». Tout cela était évidemment prématuré. La méthode n’était pas bonne, puisqu’elle n’avait pas été ratifiée par les raisonnables. Mais *** fut soutenu par d’autres écervelés, et par une ministre, encore plus noire que lui, et ensemble, ils firent une déclaration à l’Onu. Les raisonnables firent tout pour s’opposer à cette initiative, mais voyant qu’elle réussissait malgré eux, affirmèrent à qui voulait les entendre que tout cela s’était fait grâce à eux. Cependant, ils grommelaient entre eux, et promirent qu’ils se méfieraient davantage du petit homme noir et de ses sortilèges. Et en effet, par la suite, ils firent tout pour faire échouer ses initiatives, toujours trop radicales, trop isolées et trop prématurées.

Aujourd’hui, l’Histoire prouve que les raisonnables ont toujours eu raison. Ils l’ont emporté face aux écervelés. Les écervelés ont toujours des initiatives nouvelles, pour tout bouleverser, pour soi-disant changer le monde. Pfff, quelle naïveté! Heureusement, les raisonnables savent y mettre bon ordre. Ils se moquent à juste titre de ces billevesées, et savent faire usage de modération, sauf quand il s’agit de faire échouer les écervelés et leurs projets ridicules. Il faut savoir se hâter lentement, et agir avec méthode. En toute chose, il est urgent d’attendre.

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