La Marche des Fiertés LGBT de Paris et le calvaire d’un jeune gay ont inspiré de nombreux commentaires haineux sur le web, et notamment sur le site de micro-blogging Twitter.

Axy, membre de l’association Rainbow Brest, a relevé ces tweets et commentaires nauséabonds, et elle a publié un billet sur le blog de l’association, dans lequel elle déclare connaître l’identité réelle des auteur-e-s de ces messages haineux. Elle a également calculé le montant total qui serait engrangé par l’État, si chacun-e des Internautes homophobes était condamné-e à l’amende maximale.

Dans l’introduction de son texte, intitulé «Lettre ouverte aux homophobes: chèque ou espèce pour régler les 1890000 euros?», Axy explique que «les messages ont été anonymisés et proviennent d’un travail de capture d’écran de tweets datant du jour de la Gay Pride de Paris (…), et aussi de messages postés sur un site d’information généraliste [LeFigaro.fr, ndlr] quant à l’agression homophobe où un jeune gay a été torturé et séquestré pendant des heures pour avoir eu le malheur de faire des avances à un ami».

«Chacun de ces messages est susceptible de faire tomber une amende de 45000 euros et un an de prison pour injures à caractère homophobe», écrit-elle.

Elle ajoute que si «les pouvoirs publics souhaitent engranger les quelque 1890000 euros ici représentés», Rainbow Brest tient à leur disposition l’identité des contrevenant-e-s.

Les messages, remplis de haine, font froid dans le dos. En réponse à Jeremstar qui poste une photo de lui à la Pride, un twittos balance: «NTM FDP», c’est-à-dire «Nique ta mère fils de pute», tandis qu’un autre lâche «PEINE DE MORT? On le pends (sic) par les couilles?». Parmi les messages, on trouve aussi «Nique les gay pendez vous! Rafale d’AK-47 dans votre anus» ou «Les pédé (sic) et les lesbiennes #Beurkissime». Les hétéros qui viennent à la Marche en prennent aussi pour leur grade, tandis que d’autres tweets souhaitent un tremblement de terre à Paris le jour de la gay pride…

Ce déferlement de haine inspire la menace d’une amende à Axy, mais sa réflexion ne s’arrête pas là.«Cher ami homophobe, écrit-elle, Oh oui, tu as bien lu. Ami. Je ne suis pas comme toi. Je ne te déteste pas. Toi tu vomis ta haine envers moi et ma communauté, mais moi, je ne sais pas détester les gens, même comme toi. Tu parles de nous taper dessus, de nous cracher dessus, tu nous dis malades, tu nous vois comme une honte de société, mais dis, est-ce que tu nous connais? (…) Non. Bien sûr que non. (…) Tu te rendrais compte qu’on est comme toi. On a des boulots, des apparts, des amis, des problèmes, des familles, des chiens, des chats, et des fiancés et fiancées qu’on n’a même pas le droit d’épouser. Ouais, là pour le coup, toi, t’as le droit de te marier à qui tu veux et de divorcer et de recommencer. Ben tu vois, nous, on peut pas. Nous, on est obligés de battre le pavé tous les ans pour dire qu’on le veut, ce droit. (…)

«Tiens, puisqu’on s’arrête aux urgences, je vais aller te montrer les centaines de gosses qui tentent de se foutre la tronche en l’air toutes les semaines parce qu’ils subissent l’homophobie de plein fouet. Je vais te les montrer, les poignets tailladés, les boîtes de médocs avalées, les défenestrations, et les cicatrices qu’ils vont garder à vie parce que leur vie sexuelle est pointée du doigt. Je vais pas aller te montrer ceux qui sautent des ponts, ou sur les rails, parce qu’ils ne sont plus là pour en parler. Allez, on va passer par le cimetière, si tu ne sais pas quoi faire, viens fleurir avec moi les tombes de tous ceux-là.»
À la fin de sa lettre ouverte, Axy réitère son refus de la haine:
«Et parce que même si t’as rien pigé aujourd’hui, je ne te déteste pas. Tu me fais pitié. Tu loupes ce que la vie a de plus beau a offrir. La joie, la beauté, le plaisir, le bonheur, le partage, le courage, la fierté. Et l’amour, bordel. Et l’amour.»
Une lutte contre la haine homophobe qui nécessite un travail de fond au quotidien. La militante de Rainbow Brest compte-t-elle porter cette affaire en justice, dans la mesure où elle précise les peines encourues? Axy n’a pas l’intention d’entamer de démarche judiciaire, pour de nombreuses raisons, et notamment financières, explique-t-elle à Yagg.

En revanche, elle annonce que «Rainbow Brest et l’association &BraiseZ de Lannion sont en partenariat afin de lancer très prochainement une vaste campagne pour lutter contre les homophobies».

Elle dénonce: «Il est hors de question de se laisser faire sans rien dire. Quoiqu’il se passe, nous ne lâcherons rien».