«Nous comprenons la confusion et le chaos que cela a causé à beaucoup de gens». Le comité organisateur de la Pride London-World Pride 2012 le reconnaît lui-même: les changements de programme de dernière minute ont semé le trouble chez les potentiel-le-s participant-e-s au 40e anniversaire de la Pride de Londres.

De sérieuses difficultés d’organisation, dues notamment à des problèmes de trésorerie, ont amené le comité à avancer le départ de la marche de ce samedi 7 juillet de 13h à 11h, avec un appel au rassemblement dès 10h (à Portman Square), à annuler la présence de chars et de véhicules motorisés, et à réduire le parcours. «La fête à Trafalgar Square se terminera à 18h», annoncent les organisateur/ices. Pour celles/ceux qui voudraient prolonger la soirée dans le quartier de Soho, «il n’y a pas d’événements de rue et les gens ne doivent pas s’attendre à des animations à ciel ouvert».

Dans le même communiqué, le comité de la Pride de Londres présente ses «plus sincères excuses» et dit partager «la frustration» des participant-e-s.

D’après le London Evening Standard, le comité organisateur devrait encore 65000 livres sterling (81600 euros) à ses fournisseurs pour des prestations assurées à la marche de 2011. Un chiffre démenti par le comité.

PETER TATCHELL DÉNONCE L’ATTITUDE DU MAIRE
De son côté, le militant historique Peter Tatchell ne cache pas sa colère envers le maire de Londres Boris Johnson. Dans un communiqué-fleuve intitulé «Le maire de Londres accusé du fiasco de la World Pride», l’activiste dénonce le changement d’horaire comme «très injuste», pour celles/ceux qui ont «réservé leurs billets de train et de car en fonction d’un départ à 13h» et pour «de nombreuses personnes juives» qui ne pourront être présentes puisqu’elles seront à 11h «à l’office du shabbat». Peter Tatchell accuse la mairie de manquer de «sensibilité culturelle et religieuse». Il ajoute que l’absence de chars et de véhicules pénalisera les personnes handicapées et âgées.

Il regrette également que les communiqués de presse du comité organisateur de la Pride aient été soumis à l’approbation de la municipalité. De plus, Peter Tatchell prophétise «des foules en colère» si elles ne sont pas autorisées à faire la fête et à boire dans la rue dans le quartier de Soho.

UN ÉVÉNEMENT INTERNATIONAL MALGRÉ TOUT
En dépit de ces difficultés, des centaines de milliers de participant-e-s sont attendu-e-s samedi dans les rues de Londres, pour ce qui reste une marche mondiale. Le slogan de tête est un appel à la dépénalisation de l’homosexualité à travers le monde. Le comité organisateur souligne que l’homosexualité est illégale dans 41 pays du Commonwealth, dont la Reine d’Angleterre est chef d’État. Dans les colonnes de The Socialist Worker, le militant LGBT Colin Wilson n’hésite pas à rappeler que ces lois ont été imposées par les Britanniques du temps de la colonisation. Le comité de la Pride demande aussi des changements dans les politiques migratoires concernant les demandeur/euses d’asile LGBT.

UNE DÉLÉGATION FRANÇAISE VENUE DE MONTPELLIER
Des délégations venues du monde entier seront présentes à la World Pride, dont une française venue de Montpellier. Elle est composée d’une dizaine de personnes, parmi lesquelles on trouve Vincent Autin, président de la Lesbian & Gay Pride de la ville. «Notre présence s’inscrit dans un engagement international fort. Nous avons beaucoup à partager avec les autres militant-e-s, nous mutualisons nos expériences, explique à Yagg Vincent Autin depuis Londres. La France est aujourd’hui en retard par rapport aux autres pays, mais elle va pouvoir combler ce retard. C’est un moment très important.»

Le militant associatif, qui est un des directeurs de l’InterPride, ajoute: «Samedi, nous prendrons part à la section bleue du cortège. Nous avons préparé une banderole bleue avec ce slogan: « My difference is my power ; We are proud, we are the world ». Au moins 2 élus de la Ville de Montpellier seront avec nous dans la délégation.» Le défilé a une section par couleur du drapeau arc-en-ciel.

Interrogé sur les difficultés d’organisation de la marche, Vincent Autin répond: «Être militant, c’est savoir s’adapter. Les militant-e-s du monde entier vont s’adapter comme elles/ils le font dans leur pays». Il ajoute que, s’il n’est pas opposé à la présence des commerces, les bouleversements de cette année auront l’avantage de redonner une place plus importante aux associations. Il s’enthousiasme également à l’idée de pouvoir échanger avec des militant-e-s venu-e-s d’autres pays: «Nous envisageons des jumelages avec les Prides de Madrid, Riga et Boston».

HILLARY CLINTON ACCEPTE UN PRIX
La Secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, elle, a présenté ses excuses pour son absence à la marche, dans une vidéo où elle remercie également le comité organisateur de lui avoir attribué un prix. Elle y salue le travail des personnes qui «travaillent dur pour les droits humains dans leur communauté et leurs pays», et rappelle qu’elle a lancé un «fonds pour l’égalité à travers le monde» pour les personnes LGBT. Elle souhaite une «joyeuse Pride» aux participant-e-s.

http://www.youtube.com/watch?v=LuqQnLSqeGw&feature=plcp
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez sur Hillary Clinton WorldPride Award Acceptance Video

Le gouvernement britannique a également tenu à faire un geste en faveur de la Pride en déployant un drapeau arc-en-ciel au palais de Whitehall, le siège du gouvernement, à l’initiative du Vice-Premier Ministre Nick Clegg. Il s’agit d’une première dans l’histoire du pays.

Un soutien qui laisse de marbre Colin Wilson. Selon le militant, «Cameron et Clinton condamnent l’homophobie à l’étranger quand cela les arrange». Les dirigeant-e-s sont accusé-e-s de faire preuve de complaisance envers l’homophobie du gouvernement saoudien pour ne pas compromettre leurs ventes d’armes.

La prochaine World Pride aura lieu en 2014 à Toronto. Une délégation canadienne sera présente à Londres samedi.