Nathalie (à droite sur la photo) et Guylaine, deux femmes habitant ensemble à Signes, un village du Var, sont victimes depuis des mois de harcèlement lesbophobe de la part de leur voisin-e-s. Un harcèlement qui est allé jusqu’à une agression physique le 29 mai dernier. Guylaine, artiste plasticienne de profession, raconte le calvaire vécu par le couple à Yagg.

UNE ATMOSPHÈRE DE PLUS EN PLUS TENDUE
«Nathalie a acheté une maison à Signes en 2004. C’est une femme discrète, reconnue pour son calme et son intégrité dans son travail à Marseille, où elle a été élue déléguée du personnel.

En mai et juin 2011, deux jeunes couples hétéros s’installent dans la rue. Un jour, sous prétexte d’un problème de stationnement, un des voisins vient frapper à coups de pieds à la porte de Nathalie, et la traite de « sale gouine ».

Fin octobre, début novembre 2011, je suis entrée dans la vie de Nathalie. Petit à petit, je me suis installée chez elle et j’ai ouvert une galerie de peinture au rez-de-chaussée, j’organisais des expos-ventes.

Cela n’a pas plu que deux femmes vivent ouvertement ensemble, sans homme. On a senti une tension, latente, qui montait. Nathalie n’était plus invitée aux apéros du quartier. On sentait des regards hostiles. On retrouvait des mégots et des cailloux devant la porte, de l’urine canine et humaine sur nos murs…

Le 4 mai 2012, nous avons été menacées avec une hache. Cette fois-ci, aucun prétexte n’a été évoqué. Le 10 mai, nous sommes menacées à coups de balai, nos pots de fleurs sont brisés, nous sommes insultées et menacées…»

«MAIS ON LE DIT TOUS, ON DIT « SALE PÉDÉ »»
Le 28 mai, épuisées par le harcèlement lesbophobe, Nathalie et Guylaine se rendent à la gendarmerie du Beausset (il n’y a pas de gendarmerie à Signes) pour déposer une main courante.

Le gendarme les reçoit avec scepticisme. «Il nous a dit: « vous interprétez les choses ». Je lui ai répondu: «  »Sale gouine », vous interprétez ça comment? ». Il a alors minimisé l’insulte: « Mais on le dit tous, on dit « sale pédé » »…», rapporte Guylaine.

FRAPPÉES
Le 29 mai, Guylaine ouvre la porte de la maison et voit le chien des voisin-e-s en train d’uriner devant chez elle. «J’ai alors tenté de chasser le chien, en tapant du pied et en lui jetant une carafe d’eau. Le propriétaire du chien est arrivé, aviné, il m’a traitée de « sale gouine » et m’a frappée à la poitrine, sur la cicatrice [Guylaine a subi une mastectomie suite à un troisième cancer du sein]. Il le savait et il a frappé là où ça faisait le plus mal. Il y est allé de bon cœur. Ses ami-e-s sont arrivé-e-s en renfort et m’ont menacée de mort.»

Nathalie, qui entend sa compagne appeler à l’aide, sort de la maison. «Elle a aussi été frappée, au genou», raconte Guylaine. «Nous avons demandé à un voisin et une voisine qui observaient la scène d’alerter la police. Il et elle ont refusé de bouger. La police municipale a tout de même fini par arriver. Le chef nous a lancé: « Vous commencez à me casser les couilles ». Il a pris parti pour les agresseurs. Puis les pompiers sont arrivés. Le lendemain matin, nous sommes allées chez le médecin. Au total, 27 jours d’Incapacité Totale de Travail (ITT) pour moi, 26 pour Nathalie.»

«MOI LES FEMMES JE LES PRÉFÈRE DANS MON LIT»
«Le lendemain de l’agression, je me suis rendue au poste de police municipale de Signes pour signaler le comportement du policier le soir de l’agression. Il était là lui-même, le maire aussi. Le policier m’a demandé d’accepter ses excuses, ce que j’ai refusé». Le maire est alors entré dans la conversation et la question de l’homophobie est apparue. «Et là le maire me dit: « Moi les femmes je les préfère dans mon lit. Je vous invite à quitter le village ». Je lui ai répondu que nous resterions à Signes.»

Lundi 25 juin, en lisant Var Matin, Guylaine a été très choquée de voir que le procureur de Toulon avait ordonné une comparution immédiate pour l’agresseur présumé d’un gendarme, dont les blessures avaient donné droit à un arrêt de travail plus court que celui des 2 femmes. «Il faut être gendarme pour qu’un procureur intervienne?», s’indigne Guylaine.

«Tout se qu’on veut, c’est qu’on nous laisse tranquille. On n’embête personne!», s’exclame-t-elle. Selon elle, cette histoire est révélatrice d’une lesbophobie et d’une homophobie bien présentes dans la société, au-delà de cette agression-là. «Il faut que ça fasse jurisprudence, pour les autres aussi. J’entends mes amis homos hommes qui se font traiter de « sale pédé »… Je n’en peux plus.».

Elle raconte aussi qu’elle a souffert de l’homophobie plus tôt dans sa vie: «J’ai été mariée pendant 20 ans. J’ai eu 2 enfants. Lors du divorce, mon mari s’est servi de mon homosexualité pour obtenir la garde des enfants. Aujourd’hui, je ne peux plus voir mes enfants, j’ai perdu ma famille».

DES SOUTIENS ASSOCIATIFS
Nathalie et Guylaine ont reçu le soutien de Christophe Loustau, de Stop Homophobie («Il nous appelle tous les jours, on se sent moins seules», raconte Guylaine), de Christine Nicolas de Rainbow Brest et de Nicolas Noguier du Refuge.

Élisabeth Ronzier, présidente de SOS Homophobie, a également soutenu le couple en écrivant au maire de Signes, Jean Michel. Dans son courrier, elle interpelle l’élu sur la réaction des policiers municipaux le soir de l’agression: «À l’occasion de (l’)agression physique du 29 mai 2012, deux policiers municipaux se sont présentés sur les lieux et l’un d’eux se serait immédiatement adressé au couple de femmes en employant la formule suivante: « Vous commencez à me casser les couilles ». Si ces faits devaient être avérés, ils seraient manifestement constitutifs pour le policier municipal d’un manquement au Code de déontologie de la police municipale (…).»

La militante associative rappelle ensuite trois articles du Code de déontologie, ainsi que plusieurs passages du Code pénal. «La police municipale étant placée sous l’autorité hiérarchique du maire (…), il vous appartient de faire appliquer tant ce Code de déontologie que ces dispositions pénales», écrit-elle, en se tenant à la disposition du maire «pour discuter (avec lui) de cette affaire».

Contactée par Yagg, Élisabeth Ronzier précise: «SOS Homophobie n’a reçu aucune réponse de la part du maire de Signes. Pour l’instant. Nous restons disponibles pour continuer à accompagner les deux victimes».

Ce mercredi matin, Nathalie et Guylaine avaient rendez-vous à Marseille avec leur avocat, Maître Jean-Louis Tixier. «Nous sommes déterminées à aller jusqu’au bout», assure Guylaine, qui veut agir sur le terrain judiciaire, mais aussi sur le terrain politique. En effet, elle a l’intention d’alerter le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des Droits des femmes, sur leur situation.

Nathalie et Guylaine ont également lancé une pétition de soutien sur internet. Le texte a déjà été signé par Brigitte Goldberg, Bruno Wiel ainsi que Chloé et Marie Avrillon.

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