L’annonce par Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, de sa volonté de mettre fin à l’exclusion des HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes) du don du sang a fait couler beaucoup d’encre. Plusieurs médias, dont Libération (lire Don du sang pour les gays: quand «Libération» ne vous dit pas tout…), Le Figaro ou Europe 1, y ont vu une fausse bonne idée.

Dans un communiqué, le collectif Les 25000 Donneurs, qui réunit notamment Act Up Sud-OuestArc-en-Ciel ToulouseGood As You 82, le collectif HomodonneurPourquoi Sang Priver?SOS homophobie et le collectif Tous Receveurs Tous Donneurs (créé sur la communauté Yagg), «souhaite apporter son expertise au débat en rappelant quelques faits».

«Aujourd’hui, les méthodes de détection, par les tests de dépistage (Elisa et Western Blot) des poches permettent de repérer les lots contaminés et d’éliminer tous risques de contamination par transfusion sanguine. Malgré tout, il existe une « fenêtre sérologique silencieuse » (qui est de 12 jours pour le VIH et de 3 mois pour l’hépatite) correspondant à la période de séroconversion lors d’une contamination. C’est cette période de séroconversion (qui est identique pour l’ensemble de la population, et ce quelle que soit son orientation sexuelle…) qui inquiète les responsables de l’EFS (Établissement français du sang). Et ces derniers croisent avec cette information, les données épidémiologiques du VIH qui estiment qu’une personne homosexuelle a 200 fois plus de chance d’être contaminée au VIH qu’une personne hétérosexuelle.»

DES COMPARAISONS INFONDÉES
«Les chiffres comparant les risques de contamination entre les populations hétérosexuelle et homosexuelle (100 fois, 65 fois, 200 fois plus…) n’ont aucune valeur, car ce ne sont que des estimations (donc sujettes à caution) faites avant les tests de dépistage, poursuit le communiqué. Or on sait, d’après les études de l’InVS (Institut de veille sanitaire), que les homosexuels ont un suivi plus régulier que les hétérosexuels (87% des homosexuels ont fait un dépistage au cours de l’année selon l’enquête presse gay). Les seuls chiffres qui pourraient éventuellement avoir un impact sont les chiffres avancés par l’InVS sur les contaminations résiduelles (la transmission du VIH par transfusion malgré toutes les précautions prises). Ces chiffres, toujours des estimations fondées sur des calculs statistiques et des présupposés, sont entre 0 et 1 contamination par an pour les donneurs hétérosexuels, et 1 contamination pour les donneurs homosexuels masculins. Or aujourd’hui, 10 ans après la mise en place du DGV, nous constatons que, malgré des demandes répétées, le décompte des contaminations, année par année, ne nous a jamais été fourni. L’EFS ne veut pas communiquer ce chiffre, car ces éventuelles contaminations par des donneurs hétérosexuels n’existent pas.»

«En Europe, la prévalence du VIH (selon une étude de l’InVS de 2011) est de 0,4 en France, 0,3 en Italie, 0,4 en Espagne et 0,6 au Portugal ce qui est sensiblement égal, rappelle le collectif. Pourtant l’Italie en 2001, l’Espagne en 2005 et le Portugal en 2007 ont ouvert le don du sang aux homosexuels selon les mêmes critères que pour les donneurs hétérosexuels, en pratiquant les même tests qu’en France et ce sans sur-contamination. Les besoins en don de sang sont de près de 10000 poches par jour. Permettre aux 25000 donneurs que nous représentons de donner permettrait, en fonction de la moyenne de don, de garantir 50000 poches chaque année soit 5 jours de stocks.»

Pour faire passer ce message, Frédéric Pecharman, du collectif Homodonneur, a débuté une marche à travers la France. Il est parti de Toulouse le 14 juin et devrait arriver à Paris le 4 juillet.

(Re)voir notre reportage lors de la Journée mondiale des donneurs de sang.