«On sera libres de dire tout ce qu’on pense», clamaient les deux journalistes au début de l’émission diffusée sur Sud Radio hier midi, en accueillant leur invité, l’ancien ministre de l’Intégration Éric Raoult (UMP), lequel les a pris au mot. Interrogé sur la défaite qu’il vient d’essuyer dans sa circonscription, l’ancien député et maire du Raincy (Seine-Saint-Denis) a raconté le comportement de certains députés à son égard: «Ce matin, vous voyez, je suis allé à l’Assemblée, et il y avait des collègues qui me croisaient et ils étaient gênés. Ben, je leur ai dit, “attendez, j’ai pas le sida, vous pouvez me dire bonjour!”». Rires gênés des journalistes. L’un d’eux tente de lui faire comprendre que la comparaison est plus que douteuse: «Éric Raoult, quand bien même vous l’aurez (sic)…» «Oh, je dis ça comme ça!» s’amuse l’ancien député avant de poursuivre son histoire (à partir de 10’10).

UNE STIGMATISATION ANCRÉE
Act Up-Paris n’a pas tardé à réagir aux remarques de l’ancien député de la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis, qui témoignent, selon l’association, d’une sérophobie ordinaire: «la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH est profondément ancrée dans la pensée de Raoult, au point qu’il en fasse état dans une question portant… sur la réforme d’un mode de scrutin! (…) Le rôle d’un responsable politique est de combattre ces discriminations. Éric Raoult préfère les alimenter, présenter ces propos haineux comme anodins («je dis ça comme ça»), faire passer la violence que nous subissons pour une bonne petite blague entre “potes” de l’Assemblée. C’est indigne». Jean-Luc Romero, le président d’Élus Locaux Contre le Sida et du Crips Ile-de-France, a lui aussi relevé la phrase d’Éric Raoult et a fait part de sa colère sur Twitter: «Avec la mauvaise blague de #Raoult sur le #sida, j’ai l’impression que je suis un pestiféré. 30 ans de lutte contre les préjugés pour en arriver là!».

Force est de constater que le reste de l’interview recèle aussi d’autres perles qui n’honorent pas Éric Raoult: relents de paternalisme et de misogynie décomplexés lorsqu’il avoue vouloir «faire un clin d’œil à la petite Le Pen» qui pourrait selon lui profiter des studios Vogue proches du Palais Bourbon pour se lancer comme mannequin (à partir de 7’10), ou justification alambiquée des propos de Christian Vanneste sur «ces gens qui entraient dans les camps de concentration avec des triangles roses», propos qu’il qualifie de «maladresses assumées» (à partir de 15’15). Affilié à la Droite Populaire, Eric Raoult est aussi connu pour ses positions anti-homoparentalité (il figurait dans la liste des candidat-e-s anti-LGBT dressée par Yagg).

Photo David Monniaux