Hier soir, dimanche 20 mai, plusieurs membres du collectif féministe La Barbe ont monté les marches du Palais des festivals de Cannes pour protester contre le caractère, selon elles, sexiste de la sélection officielle du plus important festival de cinéma du monde. Cette année, 22 réalisateurs concourent pour la Palme d’Or: pas une seule femme.

Une action qui fait suite à la tribune publiée dans Le Monde le 12 mai dernier sous le titre À Cannes, les femmes montrent leurs bobines, les hommes, leurs films, et qui a fait grand bruit. Elle a recueilli plus de 1800 signatures à ce jour, dont celles de Virginie Despentes, Coline Serreau ou encore Zabou Breitman.

97% DES RÉALISATEURS SÉLECTIONNÉS SONT DES HOMMES
Dans un communiqué, le collectif rappelle quelques chiffres: «Depuis la création du Festival de Cannes en 1946, les hommes ont représenté 97% des réalisateurs de la sélection officielle; la seule Palme d’Or attribuée à une réalisatrice remonte à 1993: elle a été décernée à Jane Campion pour La Leçon de piano, ex-æquo avec Chen Kaige pour Adieu ma concubine.»

Samedi dernier, le conseil d’administration du Festival a réagi à la polémique en approuvant «pleinement les décisions prises par Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes». Et en avançant les arguments suivants: «Le Festival de Cannes, pour tenir son rang et fidèle à des convictions ancrées dans le droit universel, continuera à programmer les meilleurs films sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation (Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948)».

AURÉLIE FILIPPETTI BOTTE EN TOUCHE
Quant à Aurélie Filippetti, la toute nouvelle ministre de la Culture et de la Communication, elle a préféré botter en touche. Interrogée par l’AFP samedi, elle a déclaré ne pas vouloir «s’immiscer» dans les choix de programmation du Festival de Cannes. «Je suis très soucieuse de l’indépendance des équipes de programmation, qui sont d’une très grande qualité, a-t-elle ajouté. En plus, le fait qu’il y ait eu cette mobilisation va contribuer à les sensibiliser à la question.»