Chaque année, l’association Stonewall dresse un classement des 100 entreprises britanniques les plus gay-friendly. Mais les critères qu’elle a retenus sembleraient bien peu orthodoxes en France.

Depuis 2006, c’est le cabinet Ernst & Young qui arrive en tête. Sur le podium suivent le Home Office (l’équivalent du ministère de l’Intérieur) à la deuxième place et la banque Barclays à la troisième. Élément notable: le MI5, c’est-à-dire les services secrets du Royaume-Uni, a fait son entrée au palmarès à la 62e place. C’est en interrogeant plus de 7500 collaborateurs LGB que Stonewall est parvenue à établir cette liste des entreprises vertueuses. Les personnes transgenres n’ont pas été consultées pour établir ce classement, car Stonewall travaille aux côtés d’autres organismes spécifiquement dédiés aux trans, qui prennent eux-mêmes en charge ce volet de la lutte contre les discriminations.

Les personnes interrogées ont dû indiquer si leurs collègues sont au courant de leur orientation sexuelle et si leurs collaborateurs hétérosexuels sont sensibilisés aux problématiques LGBT (en clair, ils ne doivent pas faire partie de ceux « qui disent des conneries aux gays« ). Elles ont également dû préciser si elles bénéficient de «modèles visibles» au sein de l’entreprise, si elles sont soutenues par leurs responsables et si l’environnement de travail leur permet de dénoncer des actes homophobes.

En fait, loin de la politique universaliste généralement pratiquée en France, l’association a plébiscité une démarche de discrimination positive. Sont ainsi favorisées les entreprises qui mènent explicitement une politique favorable à l’égard des salariés LGB, et qui s’engagent à favoriser des fournisseurs ayant eux-mêmes de bonnes pratiques. Mais alors qu’en France, d’après Homoboulot, près de deux tiers des personnes homosexuelles font le choix de ne pas dévoiler leur orientation sexuelle au travail, faire son coming-out est un moyen de lutter contre l’homophobie au Royaume-Uni. D’ailleurs, pour figurer dans le palmarès, Stonewall demande aux entreprises de collecter des données relatives à l’orientation sexuelle de leurs collaborateurs.

Peut-on parler de fichage? Pour l’association Stonewall, c’est plutôt un progrès qu’elle n’hésite pas à mettre en avant. Elle félicite par exemple la société IBM pour avoir mené une campagne encourageant les salariés à dévoiler leur orientation sexuelle sur une interface interne. La compagnie informatique s’engage à ce que ces données restent confidentielles et s’en sert pour évaluer sa stratégie en matière de recrutement mais aussi de promotion des personnes LGB. En France, la société se montre audacieuse mais concède que cette politique n’est pas au cœur de l’action d’IBM envers ses employés. Au Royaume-Uni en revanche, un programme a été mis en place pour former les salariés LGB et les amener à prendre des responsabilités au sein de l’entreprise.

Une initiative saluée par Stonewall qui voudrait voir la fin du «plafond rose», une sorte de plafond de verre qui s’applique aux personnes homosexuelles. Pour l’association, «des barrières significatives existent toujours pour les lesbiennes, les gays et les bissexuels pour parvenir au sommet d’une organisation et – plus important encore – pour se sentir libre d’être «out». Près de 60% des entreprises du classement ont une personne ouvertement homosexuelle au sein de leur direction.

De l’autre côté de la Manche, on est encore loin d’en arriver là: cela ne fait que quelques semaines que la première étude consacrée aux pratiques gay-friendly des entreprises a été publiée.

Photos François et Marie et Truano