Les activistes LGBT russes et leurs allié-e-s peuvent se réjouir en ce mercredi 30 novembre. Si la bataille autour des lois anti-gays est encore loin d’être gagnée, ils et elles viennent de remporter deux victoires.

DEUXIÈME REPORT
Le Parlement de Saint-Pétersbourg, qui devait se prononcer en 2e lecture aujourd’hui sur la proposition de loi interdisant la «propagande» de la sodomie, du lesbianisme, de la bisexualité, de la transsexualité et de la pédophilie (dans le même sac) envers les mineur-e-s, a décidé de reporter l’examen du texte, pour la deuxième fois.

«Des sondages récents montrent une baisse de popularité de Russie unie [le parti au pouvoir] au sein de l’électorat et le texte, qui exploite l’homophobie largement répandue dans la société, a été interprété par de nombreuses personnes comme un coup populiste pré-électoral pour s’attacher le vote conservateur, commente Polina Savchenko, de l’association russe Coming Out. D’autres y voient quelque chose de plus profond et plus dangereux, une tentative de bâtir la société sur la haine envers une minorité, en dérivant vers le totalitarisme.» Les quelque 230000 signatures (dont 10000 venant de Russie) recueillies par les pétitions en ligne, les manifestations, les campagnes de lettres et les pressions internationales semblent porter leurs fruits, même si la Russie a très mal pris le fait d’être rappelée à l’ordre par les États-Unis, notamment.

PRUDENCE
Le texte, en tout cas, ne devrait pas pouvoir être adopté avant les élections législatives du 4 décembre. Polina Savchenko reste néanmoins prudente: «Tant que ce texte n’est pas retiré, il pend au-dessus de nos têtes comme l’épée de Damocles. Il peut être remis à l’ordre du jour à tout moment, la mobilisation doit donc se poursuivre contre cette tentative évidente de faire taire pour de bon la communauté LGBT.»

À cette fragile victoire vient s’ajouter la décision du Comité des droits de l’Homme des Nations Unies d’examiner la requête d’Irina Fedotova-Fet lors de sa session de juillet 2012, selon des informations communiquées par l’association GayRussia. Irina Fedotova avait saisi le Comité en février 2010, après avoir été arrêtée à Ryazan en vertu d’une loi similaire à celle proposée au Parlement de Saint Pétersbourg. Dans sa requête, la militante russe demande le respect de son droit à la liberté d’expression garanti par l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Elle invoque également l’article 24, qui interdit les discriminations.

Une autre plainte a été déposée auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) par Nikolai Baev, l’actuel président de GayRussia, arrêté en même temps qu’Irina Fedotova. Lundi, GayRussia et plusieurs autres organisations russes et internationales, avaient lancé une campagne appelant à écrire aux deux institutions pour leur demander d’examiner les deux affaires au plus vite (lire «Propagande homosexuelle»: Une campagne de lettres pour faire bouger la Cour européenne des droits de l’Homme et l’Onu).