Contracorriente, dans les salles depuis mercredi dernier, est un très joli film qui raconte une histoire d’amour peu conventionnelle entre un pêcheur marié et un peintre sur une plage péruvienne.

Le réalisateur Javier Fuentes-León parcourt le monde entier depuis deux ans afin de faire profiter le public de son premier film. L’étape parisienne est un peu le feu d’artifice final à ses yeux et c’est un homme passionné et volubile que nous rencontrons au premier étage du Nouveau Latina.


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur CONTRACORRIENTE de Javier Fuentes-León – Bande-annonce (VOSTF)

Comment en êtes-vous arrivé à réaliser ce premier film? Je suis né et j’ai grandi au Pérou où j’ai étudié la médecine et je suis docteur diplômé, mais deux ans avant la fin de mes études j’ai décidé qu’après les avoir terminées je partirais dans l’univers du théâtre, du cinéma… Je ne savais pas encore précisément que je souhaitais devenir réalisateur ne sachant pas vraiment ce que réaliser un film signifiait. J’avais choisi la médecine parce qu’au Pérou, c’est un peu compliqué de s’imaginer réussir dans une carrière artistique. J’ai déménagé à Los Angeles pour étudier le cinéma pendant trois ans. J’y vis toujours. J’ai écrit pour la télé, pour des pubs, j’ai sous-titré des films en espagnol tout en commençant à écrire mon premier script et à réaliser des courts métrages.

Comment est venue l’idée de Contracorriente? C’est le deuxième scénario que j’ai développé à partir d’un exercice d’étudiant. Il fallait créer une scène de conflit entre trois personnages dans un lieu et j’ai imaginé la scène dans laquelle le pêcheur rentre chez lui et trouve son amant dans la cuisine alors que sa femme dort. C’est une scène qui introduit l’aspect fantastique de l’histoire. Et à partir de cela, j’ai eu envie de faire un film.

Pourquoi l’envie d’évoquer une histoire d’amour entre deux hommes? Y a-t-il une volonté de défendre un message? Clairement, le message, c’est qu’il ne faut pas combattre qui on est, mais vivre fièrement sa propre vie. Ici, il s’agit d’un homme avec un homme mais le message est universel. Dans ce sens, le film parle de beaucoup de choses. La question centrale c’est «Qu’est-ce qu’être un homme?». Est-ce être fort et habile, boire de la bière au bar avec ses amis, jouer au foot ou bien est-ce montrer ses émotions et avoir le courage de dire à tout le monde qui on est? Il y a aussi la religion, la sexualité… Il y a donc beaucoup de messages mais c’est avant tout une histoire pour distraire et émouvoir.

Quelle est la situation des homos au Pérou et comment le film a-t-il été reçu? Le Pérou est encore très catholique mais il n’y a pas de loi homophobe. La discrimination a tendance à diminuer et la génération actuelle est beaucoup plus ouverte. Et tout est plus facile à Lima qu’ailleurs. L’Argentine vient de voter le mariage pour les couples de même sexe et c’est un exemple pour les autres pays sud-américains. Donc pourquoi ne pas autoriser ce qui ne nuit à personne et améliore la vie des autres?!

Pour ce qui est de l’accueil du film, il a été de loin le plus gros succès du cinéma péruvien de l’année dernière: 50000 entrées! Mais je pense que s’il n’avait pas été question d’une histoire d’amour entre deux hommes, il aurait été encore plus vu! Ceux qui l’ont vu n’y ont pas vu une histoire gay mais une histoire d’amour. Mais il y en a encore qui ne veulent même pas être aperçus devant un cinéma pour voir un film «gay» et d’autres qui s’en fichent! Cependant, il n’y a même pas eu de polémique ni même de commentaires de l’Église!

Avec près de deux ans de tournée pour présenter le film dans de nombreux pays et de nombreux festivals, avez-vous eu le temps de travailler sur le prochain? C’est vrai que j’ai beaucoup voyagé et accompagné ce film mais j’avais vraiment envie d’en profiter, de voir comment les différents publics réagissent, de découvrir les festivals qu’ils soient spécialisés sur le cinéma latino, gay ou sur les premiers films. C’était une très belle expérience. Et finir cette aventure, ici, à Paris, c’est génial.

J’ai travaillé sur deux scripts dont un est en cours de préparation avec un financement du Pérou alors que j’avais commencé à l’écrire en 2007 et que je pensais le tourner à Los Angeles. Mais du coup, je vais tourner ce «film noir», ce thriller psychologique à Lima! Et cette contradiction rend le projet encore plus intéressant et excitant!

Entre nous, comment peut-on se rendre sur la plage sublime qui sert de cadre à Contracorriente? (Rires). L’endroit s’appelle Cabo Blanco, c’est sur la côte nord du Pérou. C’est 18 heures de route en voiture de Lima ou vous pouvez prendre un avion de Lima à Piura et ensuite, seulement trois heures de route! La ville est un peu à l’écart et en altitude, pour rejoindre l’océan, on redescend un peu, c’est pourquoi cette plage est un peu enclavée, ce qui était assez signifiant pour le film. Je l’ai choisie pour la géographie qui rappelle les sentiments du personnage qui se sent un peu piégé entre deux forces, comme cette plage entre océan et montagne. Mais c’est très pauvre, ils n’ont pas l’eau courante même s’ils ont internet et le câble et c’est une ville de pêche donc cela ne sent pas toujours très bon! Disons que le film a un peu magnifié l’endroit même si la plage est réellement magique.

Propos recueillis par Franck Finance-Madureira

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