Connu pour son militantisme pour les droits LGBT, fondateur du Comité Idaho, Louis-Georges Tin a été élu samedi 19 novembre à la tête du Conseil représentatif des associations noires (Cran). Le nouveau président veut «tendre la main à tous les groupes discriminés, à toutes les victimes de l’exclusion». Interview.

Pouvez-vous nous rappeler les missions du Cran? Le Cran est la fédération des noirs de France, et elle a pour but de lutter contre les discriminations. La présence noire en France demeure très souvent occultée ou méconnue, y compris dans la communauté LGBT. On oublie, par exemple, qu’à la «grande époque» de la Colonisation, les blancs étaient minoritaires dans ce pays! En 1946, on compte 40 millions d’habitants dans l’hexagone, et 60 millions dans les colonies! Depuis la négritude, la question noire avait été complètement perdue de vue. Mais le Cran a imposé à nouveau le mot «noir» dans le débat public en 2005, puis a imposé la question des chiffres, à partir de 2006 – avec les fameuses statistiques ethniques, même si je préfère pour ma part parler des statistiques de la diversité.

Qu’est-ce que cela a apporté concrètement? Le sujet a beaucoup évolué en France, le tabou a explosé, et j’observe que, grâce à notre engagement, depuis 2009, le CSA publie désormais chaque année un baromètre de la diversité, en faisant justement des statistiques, qui ont permis de faire pression sur les chaînes de télévision, qui jusqu’alors étaient dans le déni. Depuis lors, en matière de diversité liée aux origines, des efforts significatifs ont été faits pour promouvoir de nouveaux visages parmi les présentateurs, animateurs, journalistes, etc., ce dont tout le monde peut se rendre compte aujourd’hui, en allumant sa télé. C’est un exemple parmi d’autres des combats menés par le Cran.

Vous êtes identifié comme un militant de la cause homosexuelle. Cet engagement va-t-il influencer votre action à la tête du Cran et de quelle façon? Oui. Que je sois un militant homosexuel et un militant noir en même temps me pousse effectivement à penser la convergence des luttes avec une certaine acuité. De fait, ancrage et ouverture, tels sont les deux axes de la nouvelle présidence du Cran. Ancrage, c’est-à-dire ancrage social, dans les banlieues, dans les Dom, et en Afrique, car c’est cela notre identité. Mais aussi ouverture vers les autres groupes discriminés, les lesbiennes, les gays, les bi et les trans’, bien sûr, et aussi les femmes, les jeunes, les personnes âgées, les personnes handicapées, etc.

Dans votre discours d’investiture, vous avez dit vouloir «tendre la main à tous les groupes discriminés, à toutes les victimes de l’exclusion, avec lesquelles nous allons travailler». Concrètement, qu’est-ce que vous voulez faire? Je ne peux pas en dire trop pour l’instant. Car un certain nombre de projets vont être dévoilés bientôt. Mais dans la campagne pour la présidentielle, nous devons plus que jamais penser à l’adage selon lequel «l’union fait la force». C’est pourquoi, avec d’autres associations œuvrant dans les principaux domaines de l’antidiscrimination, nous sommes en train de lancer une campagne d’importance, qui montrera très concrètement la possibilité et la nécessité de cette convergence des luttes.

Justement, cette période de l’élection présidentielle risque de voir certains candidats opposer les «communautés». Comment le Cran va-t-il intervenir dans le débat? En travaillant dans la transversalité, avec des associations de tous bords, on peut mieux résister à ces manœuvres. La solidarité permet d’éviter ces différends. Mais il faut déjà se connaître, se parler, travailler ensemble, ce que le Cran fait, et fera encore davantage dans les semaines et les mois à venir. La transversalité, c’est mon credo. Si l’on compte toutes les personnes discriminées, femmes, jeunes, personnes âgées, handicapées, homosexuels, noirs, arabes, asiatiques, juifs, personnes vivant dans les quartiers défavorisés, etc. cela fait plus de 80% de la population française. Par ailleurs, ceux qui ne sont pas dans ces 80% ont été jeunes un jour, sont appelés à vieillir également, et sont donc exposés à la discrimination à ce double titre. Bref, 100% des Français sont discriminables! Dès que l’on explique cela, il devient plus facile de discuter avec tout le monde, et de convaincre, par conséquent.

Allez-vous renoncer à vos autres fonctions, notamment dans le Comité Idaho? J’ai déjà commencé à déléguer davantage certaines responsabilités au sein du Comité Idaho , mais je continue à y exercer mes fonctions. En revanche, je m’apprête à démissionner de la présidence d’An Nou Allé, et j’ai également renoncé à certains engagements professionnels ou autres, ce qui me permettra de me concentrer davantage sur mes nouvelles responsabilités.