Après l’adoption en première lecture par le Parlement de Saint-Pétersbourg d’un texte interdisant de parler de façon positive de la sodomie, du lesbianisme, de la prostitution et de la pédophilie (lire Saint-Pétersbourg: une loi pour interdire l’expression de tout propos positif sur les LGBT sur le blog E.D.H.), les manifestations et les pétitions se multiplient. Un nouveau vote aura lieu demain, mercredi 23 novembre.

Le 16 novembre, une trentaine de personnes se sont rassemblées devant le Parlement de Saint-Pétersbourg avec des pancartes marquées de slogans comme «Diviser pour mieux régner: Aujourd’hui les LGBT, à qui le tour demain?» ou «Ministère de la Santé, 1999: l’homosexualité est normale – Parlement, 2011: l’homosexualité est…?». Des photos du rassemblement peuvent être vues sur le site du festival Bok o Bok.

Le 19 novembre, des militant-e-s LGBT de Bok o Bok, Coming Out et du LGBT Networksont intervenu-e-s lors du Forum des ONG des pays nordiques et de la Russie, qui se tenait à Saint-Pétersbourg. Pedant qu’ils et elles brandissaient des affiches pro-tolérance, Igor Kochetkov, le président du LGBT Network, a dénoncé, au micro, pendant un peu plus d’une minute, le caractère homophobe du texte et la violation des droits humains à Saint-Pétersbourg et en Russie et a encouragé les participant-e-s venu-e-s de l’étranger à informer leur gouvernement.

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Le 20 novembre, 15 personnes se sont relayées sur la Place du Palais, avec des pancartes affirmant «Je suis homo, humain, pas de la propagande. Milonov [l’auteur de la proposition de loi, ndlr], n’aie pas peur!».

Certains, à l’instar d’un Nikolai Alekseev, s’agacent de la mollesse de ces actions – l’ex-président de GayRusia milite pour l’outing des officiels homos planqués. «Je crois que les stratégies utilisées actuellement pour lutter contre l’homophobie en Russie ne mènent nulle part, a-t-il expliqué à Yagg. Saint-Pétersbourg est en passe d’être la troisième région à adopter une loi interdisant la propagande de l’homosexualité envers les mineurs, après Ryazan en 2006 et Arkhangelsk en septembre dernier. L’outing est la seule stratégie qui puisse être efficace contre l’homophobie officielle en Russie.» Les internautes du site GayRussia, qui avait publié un sondage, sont d’ailleurs très majoritairement d’accord avec cette position (sur 571 votant-e-s, 251 sont pour l’outing que la personne ait ou non tenu des propos homophobes, auxquels viennent s’ajouter 233 votes favorables à l’outing en cas de propos homophobes uniquement).

Une plainte contre la loi en vigueur dans la région de Ryazan a été soumise à la Cour européenne des droits de l’Homme en 2009 par Nikolai Baev, l’actuel président de GayRussia.

Hors Russie, deux pétitions ont été lancées pour soutenir les LGBT et rappeler aux autorités russes leurs obligations internationales. «Le monde doit s’indigner maintenant et dire aux autorités russes de stopper cette loi», insiste AllOut.org, dont la pétition a recueilli près de 120000 signatures. D’autant que la menace d’une application au niveau fédéral se précise, le chef du comité de la Douma d’État de la législation civile, arbitrale et juridique Pavel Kracheninnikov ayant affirmé qu’il faudrait juger en fonction de l’efficacité de la loi au niveau local et en tirer les leçons.

Et pendant ce temps, François Fillon estime que «la relation franco-russe a rarement été aussi élevée». Sans commentaire.

La pétition d’AllOut.org
La pétition de Change.org
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Photo Yury Gavrikov