Jérome Beaugé, du collectif Homoboulot et président de l’association Rainbow Banquass est venu chatter avec les internautes de Yagg Pro le 15 novembre dernier. Voici la retranscription des échanges.

Stéphane: Question basique: À quoi sert Homoboulot?

Jérôme Beaugé: Homoboulot fédère des associations LGBT professionnelles et son premier objectif est l’aide à la création d’associations dans le milieu professionnel public et privé afin d’aider à porter les revendications LGBT en entreprise.

j-c le bear: Bonjour, êtes-vous en contact avec des employés de groupes hôteliers comme Accor? La communauté lgbt est très présente dans l’hôtellerie-restauration…

Jérôme Beaugé: Non, pas à ma connaissance. Mais bien sûr, vous pouvez rentrer en contact avec le collectif Homoboulot pour échanger sur vos expériences.

Johan: Bonjour. Vous êtes président d’une association dans la banque et l’assurance. On a une image assez coincée de la profession. Vous confirmez?

Jérôme Beaugé: Je confirme qu’en matière de droits LGBT, le secteur de la banque et des assurances est très en retard. Même si certaines entreprises essaient d’adopter une démarche diversité et égalité, la notion LGBT reste aujourd’hui un tabou. C’est l’objectif principal de notre association: ouvrir les débats sur les questions LGBT dans ce secteur.

APPEL-Laïla Boyer: Je peux témoigner pour ce qui est de la création d’association. Homoboulot a soutenu dès le départ le projet Appel, nous a donné des contacts et parle de nous par ses personnes membres dès que possible… C’était très important dans les origines du projet.

Jérôme Beaugé: Homoboulot souhaite une pleine réussite à Appel et nous espérons pouvoir travailler ensemble sur nos problématiques. Signalons qu’Appel est l’Association Professionnelle des Personnels Éducatifs LGBT.

Charles: Bonsoir Jérôme. Comment Homoboulot peut-il aider les salariés de PME, qui ne peuvent pas s’organiser en association?

Jérôme Beaugé: Il s’agit du chantier actuel du Collectif, ce qui nous permettra d’accueillir les personnes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se constituer en association, si elles sont dans une PME. Il y a souvent des personnes d’activités différentes qui contactaient Homoboulot pour savoir si une association existait.

tiseb: Pouvez-vous nous dire quelles sont les sociétés de Banque/Assurance qui sont les plus gay-friendly vis-à-vis de leurs salariés?

Jérôme Beaugé: J’aurais tendance à dire qu’en France, aucune. Car aujourd’hui, à ma connaissance, il n’y a pas une seule banque ou une seule assurance qui parle des LGBT dans leur convention collective ou leur accord sur la diversité. Le paradoxe, c’est que certaines ont une politique favorable aux LGBT dans d’autres pays où elles sont installées comme en Angleterre ou aux États-Unis.

APPEL-Laïla Boyer: Merci… On fait notre AG constitutive le 15 décembre prochain…

Mag: Avez- vous quelques éléments sur la situation des trans au travail? (les discriminations qu’ils et elles peuvent subir, les freins dans leur carrière, le chômage…)

Jérôme Beaugé: Les situations sont très différentes en fonction des secteurs et des entreprises. La problématique des transgenres est très méconnue des services de ressources humaines et ces services ne savent pas comment agir vis-à-vis des transgenres, notamment quand il y a une démarche de transition. Il est donc très important qu’il existe dans les associations des dispositifs pouvant permettre de traiter les cas de discriminations transgenres et de mettre en place des procédures afin d’accompagner le ou la salarié-e mais également les collègues et responsables pour éviter toute discrimination.

Laurent: Vous êtes conscients que Rainbow BanquASS, comme nom d’assoce, ça peut faire sourire 😉 C’est le but?

Jérôme Beaugé: En effet, il faut savoir que banquass est un mot professionnel beaucoup utilisé dans le monde de la banque et de l’assurance et qu’aujourd’hui, force est de constater que notre nom était le bon vu qu’il fait parler de nous.

tiseb: C’est étonnant cette distinction entre pays pour une même société. C’est dû à quoi d’après vous ? Pensez-vous pouvoir « faire levier » en vous appuyant sur les avancées obtenues en Angleterre ou aux États-Unis pour faire bouger la France ?

Jérôme Beaugé: C’est ce que nous souhaitons. Les différences ne sont pas explicables, comme la différence sur la question du mariage entre la France et l’Espagne et le Portugal. Ce sera un des arguments majeurs lors de présentation de notre association dans les entreprises –ou de négociation– pour leur montrer le paradoxe: elles ont une politique libéraliste en terme économique mais pas en terme social.

Thom: Bonsoir et merci pour ce chat. Travaillez-vous avec les syndicats sur les sujets LGBT? Il me semble que ceux-ci sont encore bien réticents à évoquer ces sujets.

Jérôme Beaugé: Il y a deux questions. Oui il est nécessaire que nous puissions travailler avec les syndicats sur ces sujets. La raison est simple. En tant qu’association, nous avons un rôle d’information et de prévention au sein des entreprises et les syndicats ont eux le rôle de négociation.
Donc le partenariat est nécessaire. Sur la deuxième partie de la question, nous avons également un rôle à jouer dans les organisations syndicales qui sont en effet réticentes sur le sujet mais surtout par manque de connaissances. Certaines organisations ont déjà démarré le débat interne car des collectifs de lutte contre l’homophobie existent au sein de ces organisations syndicales.

Mag: Quand on parle LGBT au travail, on va souvent d’abord penser aux CSP+. Est-ce qu’il vous arrive d’être contacté par des personnes travaillant plutôt sur des postes d’exécution? Que pouvez-vous nous dire de leur situation?

Jérôme Beaugé: En effet, on peut penser que ça concerne les CSP+ mais la plupart des gens concernés sont des employés des agents de maîtrise, donc des exécutants. Pour preuve par rapport à Rainbow Banquass, notre association touche plus les employés et agents de maitrise de la banque (conseillers accueil, chargés de clientèle, etc.) qui ont encore plus de mal à parler de leur homosexualité au travail.

Gérald: Travailliez-vous avec la Halde sur des dossiers de discriminations liées à l’orientation sexuelle ?

Jérôme Beaugé: Il y a un nouveau chantier qui vient de s’ouvrir avec le Défenseur des droits, qui a remplacé la Halde. Le 21 novembre, le groupe de travail spécifique dédié au travail des LGBT aura lieu. Une réunion qui regroupe divers acteurs comme l’Inter-LGBT, Homoboulot, L’Autre Cercle, avec le Défenseur des droits, pour savoir comment travailler sur l’emploi des LGBT.

Jean-Louis: Bonjour. Avez-vous beaucoup de retours de cas de discriminations dans vos associations?

Jérôme Beaugé: Malheureusement oui. Même si aujourd’hui, les personnels LGBT ont du mal à combattre les discriminations dont ils et elles sont victimes. Car justement, les services des ressources humaines, ne sachant pas traiter le sujet, les négligent avec diverses excuses (incompatibilité d »humeur, etc.). Il faut bien distinguer deux types de discrimination, celles visibles comme les insultes, les menaces et autres et celles invisibles, comme justement ne pas pouvoir parler de son homosexualité au travail ou au contraire, quand l’homosexualité est connue, les freins pour l’évolution de carrière ou l’accès à la formation. Malheureusement ce sont les discriminations non visibles qui sont les plus fréquentes et les plus difficiles à combattre.

APPEL-Laïla Boyer: Dans le secteur éducatif, il y a énormément d’autocensure…

Jérôme Beaugé: En effet, il s’agit d’une difficulté complémentaire où les personnes LGBT ne veulent pas prendre le risque d’aborder le sujet et de se battre pour les questions LGBT et préfèrent « passer pour hétéros ».

Gérald: Il semble donc que le changement survenu récemment concernant la Halde ne remette pas en cause le travail concernant les discriminations liées à l’orientation sexuelle ? Qu’en pensez-vous ?

Jérôme Beaugé: C’était pour nous une grosse inquiétude que les sujets concernant les LGBT ne soient plus traités. Il s’agit donc d’une première victoire d’avoir obtenu la création de ce groupe de travail.

Thierry: Y a-t-il des améliorations législatives qui pourraient faciliter la vie des homos au travail? Ou est-ce uniquement une question syndicale et d’évolution des mœurs?

Jérôme Beaugé: La loi en effet peut permettre des évolutions au sein du monde du travail pour les LGBT. Exemple: la loi pourrait aligner les droits pacs et droits du mariage concernant les jours de congés. Mais aujourd’hui, compte tenu de la législation en vigueur, seules les négociations en entreprises peuvent permettre d’obtenir la reconnaissance des LGBT et l’égalité des droits au travail. Ce qu’il est important de rappeler, c’est que la loi est un plancher et non pas un maximum, en terme de droits des travailleurs.

Jean-Michel: Travaillez-vous avec des associations de DRH (je crois qu’il en existe)?

Jérôme Beaugé: Pour Homoboulot, pas à ma connaissance actuellement. Il serait très intéressant de faire un travail avec eux sur le sujet.

Jean-Michel: Et avec l’Autre Cercle?

Jérôme Beaugé: Nous avons des contacts avec l’Autre Cercle mais pas de projets spécifiques en commun. Il est important qu’il existe une solidarité entre associations ou entre fédérations d’associations car seule l’unité sur ces problématiques nous permettra d’avancer.

Gérald: N’y a-t-il pas actuellement la prévalence du statu-quo du type « ne demandez pas » « Ne dites-pas » (genre don’t ask – don’t tell) dans beaucoup d’entreprises ?

Jérôme Beaugé: Tout à fait. Aujourd’hui, la première réponse des entreprises lorsque l’on parle de discriminations envers les LGBT est qu’il n’y a aucun problème. Donc pas besoin d’aborder le sujet. Mais on sait très bien qu’aujourd’hui, environ un salarié LGBT sur deux ne parle pas de son homosexualité au travail.

Jean-Michel: Comment se situe la France par rapport aux autres pays sur la question des homos dans le travail?

Jérôme Beaugé: La France est très en retard sur cette question, comme sur les sujets LGBT en général. En prenant en exemple des pays comme les États-Unis ou l’Angleterre on peut voir des politiques salariales en faveur des LGBT.

Stephane: Y a-t-il des entreprises où il fait notoirement « bon vivre » pour les homos? Ou d’autres à éviter?

Jérôme Beaugé: Certaines entreprises ont des démarches envers les LGBT très positives. A titre d’exemple, Eau de Paris a mis en place un congé « paternité » pour les couples de lesbiennes. Je n’ai pas d’exemple précis d’entreprise à éviter mais quand les entreprises ne veulent pas ouvrir le débat sur ce sujet on peut s’inquiéter des conditions des LGBT au travail.

Maxime: Pour les homos, la discrimination se situe-t-elle plutôt à l’embauche ou plutôt dans la vie quotidienne de l’entreprise?

Jérôme Beaugé: Dans la vie quotidienne, lors de l’entretien d’embauche, il est rare de dévoiler son homosexualité et c’est justement une fois en poste que l’homosexualité peut être déclarée ou découverte et là les discriminations peuvent démarrer. Par contre à l’embauche il peut y avoir des difficultés pour les LGBT visibles, comme les transgenres, ou gays ou lesbiennes clairement affiché-e-s.

Jean-Louis: On parle souvent de la charte de la diversité. Pensez-vous qu’elle sert réellement à quelque chose?

Jérôme Beaugé: La charte diversité est une base de travail, mais elle n’est pas suffisante pour traiter des discriminations et de la diversité en entreprise. Il est nécessaire que des accords plus étoffés soient négociés au sein des entreprises pour que la charte diversité ne soit pas qu’une image de marque.

Stephane: Pourrait-on imaginer, soyons fous, que Homoboulot devienne le premier syndicat LGBT?

Jérôme Beaugé: Nous n’avons pas vocation à devenir un syndicat mais si un jour les avancées au travail ne sont pas suffisantes, avec les directions et les partenaires sociaux, l’idée pourrait être à creuser.

Yagg: Le chat est maintenant terminé… Le mot de la fin à notre invité.

Jérôme Beaugé: Les conditions de travail des LGBT depuis ces dix dernières années n’ont malheureusement pas beaucoup avancé et les prochains mois seront cruciaux notamment si la gauche passe au pouvoir afin de faire avancer les droits LGBT en général et d’obtenir enfin l’égalité des droits.