L’artiste rwandais et ouvertement gay Dady de Maximo Mwicira Mitali, âgé de 29 ans, a été violemment agressé et torturé chez lui le 10 novembre dernier. En France, quelques personnes emmenées par le cinéaste documentaire Arnaud Sali – un proche de Dady – se sont réunies au sein d’un collectif et tentent d’organiser un soutien afin de pouvoir lui faire quitter le pays.

INSULTÉ ET FRAPPÉ
Voici comment le collectif relate les faits: « Dans la nuit du 9 au 10 novembre, ses agresseurs ont commis l’irréparable. Ils ont fait irruption chez Dady, armés d’un pistolet, de couteaux et d’essence. Après l’avoir attaché sur une chaise, bâillonné, ils l’ont insulté, frappé sur tout le corps pendant une heure, tout en lui rasant la tête avec une baïonnette. Leur intention finale était de le brûler vif. Il a réussi à briser la chaise au moment où ils l’ont aspergé d’essence. Il s’est enfui dans la cuisine en hurlant. Ils l’ont poursuivi, pour l’achever d’un coup de baïonnette. Il s’est protégé de son bras, se faisant sectionner les tendons de la main. Il ne doit son salut qu’à l’irruption d’un voisin enfin alerté par le fracas de la lutte. Les agresseurs ont fui. »

UN TRACT HOMOPHOBE LAISSÉ SUR LES LIEUX DE L’AGRESSION
L’agression était clairement motivée par l’homophobie, puisque les agresseurs ont laissé sur place un tract « stigmatisant « la perversion de la jeunesse rwandaise véhiculée par un dépravé » en lui reprochant « son film de pédé », leur volonté de suivre « l’exemple ougandais et burundais où on a commencé à tuer les gays » et que Dady serait « le premier sur la liste au Rwanda ». » Le collectif indique qu’à ce jour, les agresseurs n’ont pas encore été retrouvés.

« LE SORTIR DE LÀ-BAS »
Aujourd’hui, Dady se remet doucement de ses blessures et communique régulièrement avec le collectif. « Il a  décidé d’aller bien, de continuer à sortir et à vivre sa vie. Il a une personnalité extraordinaire », explique à Yagg Arnaud Sauli, qui tient à préciser par ailleurs que « le Rwanda n’est pas l’Ouganda. Pour l’instant, les autorités n’ont pas réagi, seule une enquête de police est en en cours. Ce serait d’ailleurs intéressant que cela suscite un débat dans la société rwandaise. Cela ferait peut-être bouger les autorités. »

Maintenant, l’objectif du collectif est clairement de « sortir Dady de là-bas ». « Il a été confronté à la violence toute sa vie en tant que gay, mais aussi en tant que Tutsi », explique Arnaud Sali. Depuis plusieurs mois, il était victime d’une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux. Son compagnon avait été agressé lui aussi il y a un an et s’était réfugié au Danemark – qui vient de rejeter sa demande d’asile. Le collectif devrait contacter l’Ardhis très prochainement et tenter de monter un dossier de demande d’asile en France. En attendant, toutes les volontés sont les bienvenues.

Dady, photographié juste après son agression:

Photo en tête de l’article (détail): Alain Elorza.

Photo ci-dessus: DR